{"id":1044,"date":"2022-05-03T10:35:10","date_gmt":"2022-05-03T08:35:10","guid":{"rendered":"http:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1044"},"modified":"2023-11-11T17:53:09","modified_gmt":"2023-11-11T16:53:09","slug":"souvenirs-de-ma-tranchee-hiver-1914-1915","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1044","title":{"rendered":"Souvenirs de ma tranch\u00e9e (hiver 1914-1915)"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><br>                              <strong>Aquarelles et texte de G\u00c9O Michel<\/strong><br>                                                        <strong>&#8212;&#8211;SSS&#8212;&#8211;<\/strong><br>Vous faites-vous bien une id\u00e9e de la guerre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<br>De cette continuelle et incessante bataille immens\u00e9ment \u00e9tendue, o\u00f9 pas un instant ne s&rsquo;\u00e9coule sans sifflement de balles ou d&rsquo;obus, o\u00f9 le soldat re\u00e7oit et envoie des projectiles sans savoir ni d&rsquo;o\u00f9 ils viennent, ni exactement o\u00f9 il les envoie !<br>Ne rien voir, vivre et agir dans la nuit !<br> Telle est la guerre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, o\u00f9 la patience est plus pr\u00e9cieuse que l&rsquo;\u00e9lan, l&rsquo;immobilit\u00e9 plus fr\u00e9quente que l&rsquo;action, \u2014 o\u00f9 il faut se dissimuler au lieu de se montrer, se serrer au lieu d&rsquo;avancer, rev\u00eatir des uniformes invisibles en place des superbes qui en imposaient ! Rester dans l&rsquo;inaction, dans la boue, dans le noir !<br>A part quelques attaques violentes, mais espac\u00e9es, que l&rsquo;on a tr\u00e8s bien d\u00e9crites, imaginez-vous un peu la vie, depuis septembre dernier, de celui dont on disait \u00ab simplement \u00bb : il est dans les tranch\u00e9es&#8230;<br>Maintenant que le soleil a dess\u00e9ch\u00e9 ces tranch\u00e9es, qu&rsquo;elles commencent \u00e0 \u00eatre abandonn\u00e9es dans la marche en avant, reportons-nous, si vous le voulez, \u00e0 d\u00e9cembre ou janvier et dans le Nord de la France. Partons avec nos soldats aux premi\u00e8res lignes, par ces boyaux parcourus des milliers de fois en cheminements nocturnes, dans le d\u00e9cor dont mes aquarelles vous donneront l&rsquo;image.Ex\u00e9cut\u00e9es pendant mes premi\u00e8res journ\u00e9es d&rsquo;h\u00f4pital, dans la p\u00e9riode agit\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;\u00e9clatement des obus et le sifflement des balles grondent encore continuellement \u00e0 l&rsquo;oreille du bless\u00e9, quand mes yeux, aux prunelles dilat\u00e9es d&rsquo;avoir trop longtemps cherch\u00e9 \u00e0 percer l&rsquo;obscurit\u00e9, \u00e9taient encore exclusivement pleins des visions du champ de bataille, elles ont la sinc\u00e9rit\u00e9 des choses, non pas seulement vues, mais v\u00e9cues.<br>Partons donc avec une compagnie dont c&rsquo;est le tour&#8230; Allons aux tranch\u00e9es !<br>Apr\u00e8s une p\u00e9riode de repos plus ou moins longue, coup\u00e9e parfois par une alerte ou une marche en avant, apr\u00e8s avoir occup\u00e9 une position de r\u00e9serve, la compagnie est r\u00e9veill\u00e9e brusquement au milieu de la nuit.<br>Quelques coups frapp\u00e9s violemment, l&rsquo;homme de liaison lance vivement \u00e0 travers la grange, la cave, le local abandonn\u00e9 o\u00f9, sur un lit de paille usag\u00e9e, dorment les hommes : &lt;&lt; ordre de d\u00e9part dans une heure. >> B\u00e2illements, \u00e9tirements, jurons, lazzis. Tout le monde bient\u00f4t debout rajuste en h\u00e2te l&rsquo;\u00e9quipement \u00e9pars dans la paille ; les souliers rattach\u00e9s ; les couvertures roul\u00e9es, le sac boucl\u00e9, la section se forme dans la cour \u00e9troite et boueuse. Les voix diverses ayant r\u00e9pondu \u00ab pr\u00e9sent >> \u00e0 l&rsquo;appel du chef , apr\u00e8s une attente somnolente le d\u00e9part est bient\u00f4t donn\u00e9. Le village endormi quitt\u00e9, c&rsquo;est sur la grand&rsquo;route le croisement de files interminables de voitures, de caissons, de cavaliers, de troupes.<br>Quelques kilom\u00e8tres franchis en silence. Rencontre d&rsquo;une compagnie qui \u00ab en revient >>. Les hommes sont blancs, v\u00e9ritables mottes de terre ambulantes qui se meuvent dans l&rsquo;obscurit\u00e9 ! Croisements d&rsquo;interpellations : &lt;&lt; Quel r\u00e9giment ? Avance-t-on ? \u00c7a barde l\u00e0-bas ! Y a d&rsquo;la flotte ! <br>Bonne chance.Le grondement du canon, de lointain se fait proche ; nos pi\u00e8ces d\u00e9chirent l&rsquo;air \u00e0 proximit\u00e9.<br>Bient\u00f4t la grand&rsquo;route est quitt\u00e9e pour le petit chemin qui conduit \u00e0 notre secteur , la formation par quatre est abandonn\u00e9e pour la formation par deux, puis par un.Bzzzz&#8230;&#8230;Bim.. &#8230;Baoum&#8230;., un obus fr\u00f4le la route en longue tra\u00een\u00e9e rouge, rebondit et \u00e9clate derri\u00e8re nous&#8230; Chacun, instinctivement, t\u00e2te son paquet de pansement&#8230;<br>La nuit est obscure, les hommes se tiennent par le pan de la capote, aussit\u00f4t le chemin quitt\u00e9 un instant.<br>Long arr\u00eat dans la campagne, tout le monde couch\u00e9.<br>Bzz&#8230; Bzz&#8230;.. Bzz&#8230; Des balles perdues passent au-dessus des t\u00eates ; la colonne se remet en route, mais il faut secouer quelques dormeurs. Un cri de douleur devant nous, agitation, rassemblement : un bless\u00e9 ; on le porte derri\u00e8re une meule. Un ordre, port\u00e9 de bouche en bouche : \u00ab Faites passer&#8230; un bless\u00e9&#8230;le m\u00e9decin ! \u00bbEn arrivant devant le rassemblement, interrogations &lt;&lt; Qui est-ce ?&#8230; Estce grave ? \u00bb<br>Arr\u00eats brusques, d\u00e9parts en courant, pi\u00e9tinements sur place, puis pas de gymnastique, heurts, \u00e0coups continuels, ralentissement devant chaque obstacle, et il y en a : trous d&rsquo;obus pleins d&rsquo;eau, buissons, fondri\u00e8res ! Chutes, courses pour rattraper la colonne.<br>Encore un arr\u00eat ! La lune apparaissant, d\u00e9gag\u00e9e de nuages, \u00e9claire tout \u00e0 coup la longue file indienne qui d\u00e9ambule dans les pr\u00e9s. Ses rayons se r\u00e9fl\u00e9chissent dans l&rsquo;eau boueuse du ruisseau qu&rsquo;il faut traverser. De l&rsquo;eau jusqu&rsquo;\u00e0 mi-cuisse, enfon\u00e7ant dans la vase pi\u00e9tin\u00e9e, c&rsquo;est seulement avec l&rsquo;aide du voisin qu&rsquo;on parvient \u00e0 se hisser sur la berge gluante de l&rsquo;autre rive. A partir de cetinstant, tous sont tremp\u00e9s, pour tout le temps que durera le s\u00e9jour aux tranch\u00e9es.<br><br><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/VZi0s_es6K3kpBUmI_NsBe688DpJfGMG2nQXSe8OpJYgVcGrAhoV-mtxDZ0Eo8XTCTxOcyLUehAaFkwnAdt0u3siZoVPIWBqxgBemwAYwDpKvwixGtqds9cLw2vKwa3xH0VceE2Z\" alt=\"\"><br><br><strong>Le chemin de la tranch\u00e9e : le gu\u00e9 du ruisseau.<\/strong><br><br>Quittant le chemin rep\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;artillerie ennemie, c&rsquo;est en se d\u00e9filant derri\u00e8re les cr\u00eates que l&rsquo;on continue d&rsquo;avancer jusqu&rsquo;au bois o\u00f9 le sifflement des balles devient plus intense.<br>Nouveaux et fr\u00e9quents arr\u00eats. A nos pieds bient\u00f4t les foss\u00e9s, des trous d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent vaguement des \u00eatres bizarres qui ont d\u00fb avoir des uniformes, mais ne sont plus que des spectres de terre.<br>Dans un de ces trous, l&rsquo;homme que vous suivez vient de dispara\u00eetre : vous y tombez plut\u00f4t que vous y descendez \u00e0 votre tour.<br>Oh ! Le froid de l&rsquo;eau qui p\u00e9n\u00e8tre dans les chaussures, s&rsquo;infiltre dans la laine malgr\u00e9 la graisse et les bandages !<br>Flic ! Flache ! Floche ! c&rsquo;est le long cheminement interminable le long des parois visqueuses dans le clapotement de l&rsquo;eau.<br>La lune tour \u00e0 tour \u00e9claire le spectacle ou se couche derri\u00e8re les nuages. L&rsquo;obscurit\u00e9 est alors si profonde sous bois qu&rsquo;on se heurte la figure aux parois qu&rsquo;on ne voit pas, dans les coudes du boyau qui s&rsquo;\u00e9largit, s&rsquo;approfondit. Nous entrons dans d&rsquo;anciens boyaux creus\u00e9s par les Allemands, qui servent pour certaines sections de tranch\u00e9es de r\u00e9serve ; nous enjambons des malheureux qui, les uns dormant les autres grelottant depuis deux jours, \u00ab marinent dans la flotte \u00bb.<br><br><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh4.googleusercontent.com\/WWBl4IX8_6yIeP2jP1C618eF_QjOzTcsoMWLIlEt3vQiN8oM-kdMQDNcJ-YWpTKU9AyDmcnaoK_PKK8UaEiClH8YmEplAX2OJwoXSAQOyOQj7zuT_91DQUJYMErQMWas7-LLuqRX\" alt=\"\"><br><br>Nouvel arr\u00eat. Le chef de section est appel\u00e9 pr\u00e8s du commandant de compagnie. Muni du \u201ctopo \u201c, des ordres et des renseignements, le chef de section revient. On repart.<br>Creus\u00e9 dans la paroi, assez haut pour \u00eatre hors de l&rsquo;eau, son poste, recouvert de rondins et de terre pour \u00eatre \u00e0 l&rsquo;abri des \u00e9clats d&rsquo;obus, prot\u00e9g\u00e9 du vent par une toile de tente, appara\u00eet comme un palais aux hommes.<br><br>Dans le fond d&rsquo;un boyau est log\u00e9 le m\u00e9decin auxiliaire ; l\u00e0 il se borne \u00e0 faire ou refaire des pansements ex\u00e9cut\u00e9s avec le paquet de pansement individuel et \u00e0 diriger les bless\u00e9s, par les brancardiers, sur l&rsquo;arri\u00e8re.<br>En passant devant le poste du chef de bataillon o\u00f9 l&rsquo;on va installer le t\u00e9l\u00e9phone, jetons un rapide coup d&rsquo;\u0153il par l&rsquo;ouverture \u00e9troite de la luxueuse porti\u00e8re faite d&rsquo;une vieille couverture. Cette cagna, un peu plus grande, avec son cr\u00e9neau donnant vue sur les lignes, est divis\u00e9e en deux par un mur de terre. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la table commune o\u00f9 l&rsquo;ordonnance pr\u00e9pare le modeste d\u00eener. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 la chambre \u00e0 coucher, form\u00e9e d&rsquo;une liti\u00e8re de paille \u00e9clair\u00e9e par une bougie plac\u00e9e dans une excavation: Le commandant consulte une carte, ne le d\u00e9rangeons pas.<br><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh3.googleusercontent.com\/ChbDObST9TdYxOsPz7VVZn68qhuCc1TAQ5lC8CyGpbvApJ853fLjQohUPopaV3LUDjPCY9uWeD4Kz-YZP7mtapabUpu1I6BvWANKOwKhyJPB4nQ4iePX0uMhUcjQac9l5Pj5WZxQ\" alt=\"\"><br><br><strong>La \u00ab cagna \u00bb du commandant<\/strong><br><br>Sous la conduite d&rsquo;un soldat de la section qu&rsquo;on va relever, nous attendons un semblant d&rsquo;accalmie de la fusillade pour traverser un espace d\u00e9couvert, o\u00f9 l&rsquo;on a pas encore eut le temps de creuser un boyau reliant les anciennes aux nouvelles tranch\u00e9es.<br>Galop rapide pour franchir les quelques m\u00e8tres. Cependant une balle tir\u00e9e au hasard de la nuit, fracasse la jambe de l&rsquo;un des n\u00f4tres. On l&#8217;emporte : il crie&#8230;<br>Mais l&rsquo;ennemi a-t-il entendu du bruit ? Craint-il une attaque ? Voici qu&rsquo;une fus\u00e9e \u00e9clairante part de ses lignes, vient droit sur nous, reste immobile dans le ciel, comme une belle \u00e9toile, puis, doucement, tout doucement, descend sur la terre et meurt dans le silence des fusils qui se sont tus.<br>Jolie illumination, clair de lune artificiel et rapide qui nous a sembl\u00e9 durer un si\u00e8cle dans l&rsquo;immobilit\u00e9 absolue qui est de rigueur en cette circonstance ; sinon les effets ne se feraient pas attendre et, fusils, mitrailleuses et m\u00eame canons entreraient dans la danse.<br>Entr\u00e9s dans un nouveau boyau apr\u00e8s une s\u00e9rie de zigzag, clapotant toujours dans l&rsquo;eau, nous arrivons enfin. Le guide dit : \u00ab c&rsquo;est l\u00e0. >><br>Il faut sortir du boyau et, sur le terrain d\u00e9couvert, des fantassins, \u00e0 plat ventre, semblent dormir sur leurs fusils.<br>Apr\u00e8s un bon en avant, ils ont \u00e9t\u00e9 clou\u00e9s sur place par un feu violent et ceux qui n&rsquo;\u00e9taient pas touch\u00e9s se sont creus\u00e9 un trou individuel, abri pr\u00e9caire qu&rsquo;ils quittent vivement pendant que nous prenons leurs places, sous les balles tir\u00e9es au petit bonheur dans le noir.<br>On passe le reste de la nuit \u00e0 creuser son trou avec ardeur, puis \u00e0 le r\u00e9unir avec celui du voisin pour form\u00e9e une tranch\u00e9e. Puis le petit jour se l\u00e8ve, soulevant le myst\u00e8re du paysage inconnu qui nous entoure.<br>Devant nous, la premi\u00e8re tranch\u00e9e allemande, \u00e0 150 ou 200 m\u00e8tres, derri\u00e8re elle, le bois o\u00f9 l&rsquo;ennemi s&rsquo;est fortifi\u00e9.<br><br>Entre les deux lignes, corps \u00e9tendus, couleur de terre : ceux qui sont tomb\u00e9s dans les attaques ou les contre-attaques r\u00e9centes, et qu&rsquo;on n&rsquo;a pas pu relever, ni d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ni de l&rsquo;autre. Sous la terre rejet\u00e9e de notre talus, une jambe bott\u00e9e \u00e9merge&#8230;Derri\u00e8re nous encore, des morts qui paraissent seulement des hommes endormis !<br>Le grand jour est venu, il devient dangereux de continuer \u00e0 travailler. L&rsquo;un des n\u00f4tres est tu\u00e9 ; il a sans doute, d&rsquo;un geste involontaire, redress\u00e9 un instant son buste ; la t\u00eate d\u00e9passant du parapet, l&rsquo;ennemi l&rsquo;a vue, l&rsquo;a vis\u00e9e, et il est mort.<br>Un autre bless\u00e9 \u00e0 la main en jetant une pellet\u00e9e de terre par dessus le talus. Il faudra attendre la nuit pour l&rsquo;\u00e9vacuer. Tiraillant de temps en temps,veillant \u00e0 tour de r\u00f4le, mangeant quelques provisions apport\u00e9es dans la musette, nous voici condamn\u00e9s \u00e0 attendre la nuit&#8230;<br>Aussit\u00f4t l&rsquo;obscurit\u00e9 compl\u00e8te, le travail reprend, la tranch\u00e9e se dessine. On creuse avec acharnement ; mais voici l&rsquo;eau qui arrive par infiltration. Nous sommes dans un bas-fond : rien \u00e0 faire ; il ne faut plus songer \u00e0 creuser davantage, mais \u00e0 se r\u00e9signer \u00e0 vivre et \u00e0 dormir les pieds dans l&rsquo;eau.<br><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/WVexcegN5IiF3gjuGaM_gscqxUaiJb1pa7LnnWOY-qSbHThWDkiMxs2Gx9XGEQd9gZa6zKs746274cXmpJhWhSukgp_bzULES2Wm8jbNfJIQL1f3nbco1esr9P9q2x6VK3nBEGYE\" alt=\"\"><br><br>La nuit s&rsquo;ach\u00e8ve enfin par le retour au matin, des hommes envoy\u00e9s chercher des vivres ; mais l&rsquo;un est tomb\u00e9 avec le pain dans le ruisseau, la soupe qu&rsquo;apporte l&rsquo;autre est froide, le b\u00e6uf plein de terre, et l&rsquo;on ne revit jamais celui qui devait rapporter des sardines.<br>Le deuxi\u00e8me jour se l\u00e8ve, sombre et gris. Insensibles au canon, \u00e0 la fusillade, aux cr\u00e9pitements des mitrailleuses qui effritent le parapet, aux \u00e9clats qui tombent tout autour, on se r\u00e9signe \u00e9galement, assis sur la banquette de boue, claquant des dents, gel\u00e9s, \u00e0 recevoir sto\u00efquement la pluie, la neige qui commence \u00e0 tomber. Il pourrait bien tomber n&rsquo;importe quoi, rien ne surprendrait plus le soldat que vous voyez encapuchonn\u00e9s sous leurs pauvres oripeaux, toiles de tente, couvertures, p\u00e8lerines, capuchons, sacs de couchage, toile cir\u00e9e, caoutchoucs, s&rsquo;abritant comme ils le peuvent.<br>La troisi\u00e8me nuit se passe comme le troisi\u00e8me jour ; mais c&rsquo;est tout de m\u00eame avec un v\u00e9ritable sentiment de d\u00e9livrance que l&rsquo;on voit arriver au milieu de la quatri\u00e8me, la section qui vient nous relever.emportant un poids plus lourd de boue et d&rsquo;eau que de v\u00eatements sur son dos, pesant le double qu&rsquo;au d\u00e9part, c&rsquo;est le cheminement interminable de l&rsquo;aller qu&rsquo;on recommence dans le clapotement de l&rsquo;eau dans les boyaux zigzagants. Et les quelques jours de repos au cantonnement, on les passera surtout au nettoyage !<br>Mais quelques-uns manquent \u00e0 l&rsquo;appel. Et les rangs s&rsquo;\u00e9claircissent encore des malades, pieds gel\u00e9s ou pourris qu&rsquo;il faut \u00e9vacuer.<br>L&rsquo;on ne s&rsquo;est \u00ab pas battu >> en somme, mais l&rsquo;eau, le froid, la nuit, la boue, oh ! La boue, la boue surtout, voil\u00e0 le cauchemar du troupier, qui s&rsquo;\u00e9vanouit avec les beaux jours et qu&rsquo;il ne reverra pas une deuxi\u00e8me fois, &#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211; esp\u00e9rons-le.<br><br>Printemps 1915 \u00a0G\u00c9O Michel<br><br><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lh5.googleusercontent.com\/cc7hVdGpdVHPokvU0KT0MLHlWw7wdMQcQAIR37S01gky8t2ARdXG2QIaSlaoUHx0_DYCDeOzw26vj5UlBpTLDzaayhhbZ9bhWOI6MLVSz-tigdElj2i57GBb4rksMvVVpAweak7g\" alt=\"\"><em>Texte et aquarelles extraits de l&rsquo;ILLUSTRATION no 3774 en date du 3 juillet 1915Pour les &lt;&lt; Passeurs de m\u00e9moire E Bro Plogoneg >> Hubert Dantic le 23 mars 2018<\/em><br><br><br><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aquarelles et texte de G\u00c9O Michel &#8212;&#8211;SSS&#8212;&#8211;Vous faites-vous bien une id\u00e9e de la guerre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.De cette continuelle et incessante bataille immens\u00e9ment \u00e9tendue, o\u00f9 pas un instant ne s&rsquo;\u00e9coule sans sifflement de balles ou d&rsquo;obus, o\u00f9 le soldat re\u00e7oit et envoie &hellip; 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