{"id":1082,"date":"2022-05-18T09:52:53","date_gmt":"2022-05-18T07:52:53","guid":{"rendered":"http:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082"},"modified":"2023-11-11T18:16:39","modified_gmt":"2023-11-11T17:16:39","slug":"souvenirs-de-prison-1941-1942","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082","title":{"rendered":"Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 )"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>  On les a eus, on les aura. Oui, on les a eus, mais au prix de quelles difficult\u00e9s, et seulement au bout de 21 mois de captivit\u00e9. Rien que d&rsquo;y penser, je fr\u00e9mis encore. Comment peut-on rester si longtemps enferm\u00e9, gard\u00e9 par des brutes qui se croient sup\u00e9rieures, et qui, en essayant de montrer leur sup\u00e9riorit\u00e9, ne laissent appara\u00eetre que leur b\u00eatise ? Le mensonge, voil\u00e0 une chose qu&rsquo;ils savent manier en ma\u00eetres et, ma foi, je dois l&rsquo;avouer, je m&rsquo;y suis laiss\u00e9 prendre comme, h\u00e9las, beaucoup de mes camarades.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;La difficult\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution n&rsquo;aurait pas d\u00fb m&rsquo;effrayer, impossible n&rsquo;est pas un mot fran\u00e7ais. Une \u00e9vasion ne s&rsquo;improvise pas, mais, avec de la volont\u00e9, on arrive \u00e0 tout et il a fallu l&rsquo;incident de septembre 1941 pour que je me d\u00e9cide \u00e0 mener l&rsquo;effort qui, aujourd&rsquo;hui, m&rsquo;a men\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9.<br><strong>(septembre 1941)<\/strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>Je venais de revenir au camp d&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/9itRF&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806217056&amp;usg=AOvVaw0b4DdD3Eg2cT6V7pujELOK\">Hammelburg<\/a>&nbsp;en&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/P0MP6&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806217471&amp;usg=AOvVaw0nQR8c9yru3XWGjrKX3wGn\">Bavi\u00e8re<\/a>, avec le secret espoir d&rsquo;y installer mes quartiers d&rsquo;hiver. &nbsp;Plusieurs jours se pass\u00e8rent dans le calme et la monotonie. Le petit train-train journalier, la routine suffisaient \u00e0 mon bonheur blas\u00e9.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Un samedi soir, ce qui produisit l&rsquo;effet d&rsquo;une bombe dans la mare \u00e0 grenouilles, nous appr\u00eemes qu&rsquo;un certain nombre d&rsquo;entre nous, les aspirants, devions partir pour un autre camp. Et l&rsquo;on parlait de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prusse-Orientale&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806217968&amp;usg=AOvVaw2twOGRWQmh6DDw4NrWmwbv\">Prusse orientale<\/a>&nbsp;! Alerte, grands mouvements diplomatiques, entrevues diverses&#8230; Le r\u00e9sultat fut que je fus le seul \u00e0 partir. Est-ce impossibilit\u00e9 ou peur de perdre quelques petits avantages ? Toujours est-il que les camarades que j&rsquo;avais alert\u00e9s me laiss\u00e8rent tomber et ne firent rien pour moi. Je ne le regrette pas maintenant. Ce petit avantage, je ne l&rsquo;aurais obtenu qu&rsquo;en me mettant \u00e0 genoux devant les boches. Le lendemain matin, sac au dos, on se mit en route et l&rsquo;on descendit cette interminable c\u00f4te en lacets descendant vers la gare d&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/9itRF&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806218283&amp;usg=AOvVaw0PLixz4jdL3BBDmTEhvjvy\">Hammelburg<\/a>.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;     &nbsp;  En cours de route, je fis la connaissance de quelques camarades d&rsquo;infortune embarqu\u00e9s injustement eux aussi. Dans le malheur, on fait vite connaissance et l&rsquo;on sympathisa tout de suite. C&rsquo;\u00e9taient des sous-officiers : Robert HOMO, LEBLOND, COLOMB, TRASSY, FOURNIS, CARIS.<br>&nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;Le voyage fut long. Nous nous aper\u00e7\u00fbmes rapidement que l&rsquo;on nous avait menti. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas sur&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/ofcX0&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806218788&amp;usg=AOvVaw30_j2qHmeUlpIe66cJz4nq\">Weiden<\/a>&nbsp;que nous nous dirigions, mais sur le bataillon 13 \u00e0 Barnereuth (?). Et nous compr\u00eemes alors ce que l&rsquo;on voulait faire de nous. Apr\u00e8s avoir pris contact &nbsp;avec les camarades qui, comme nous, se d\u00e9battaient avec les boches, nous d\u00e9cid\u00e2mes de nous baser sur la&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Conventions_de_Gen%25C3%25A8ve_de_1949&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806219050&amp;usg=AOvVaw05xK2u15z6QCU3mfFszcaJ\">Convention de Gen\u00e8ve<\/a>&nbsp;et de refuser tous travaux manuels.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;     On parlementa beaucoup, mais les pourparlers tra\u00een\u00e8rent et, une fois encore, on nous fit des promesses, on nous mentit et, comme ils voyaient qu&rsquo;aucun r\u00e9sultat n&rsquo;\u00e9tait obtenu, ils nous menac\u00e8rent en poussant des hurlements f\u00e9roces. Plus que jamais, nous f\u00eemes bloc et nous nous laiss\u00e2mes enfermer \u00e0 Barnereuth (?) puis \u00e0&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806219504&amp;usg=AOvVaw1e1ABp3ee60022ZFZItGaL\">Essen<\/a>, lorsque le bataillon eut chang\u00e9.<br><strong>EN CELLULE (octobre 1941)<\/strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>   Avec un bruit de ferraille, la porte de la cellule venait de se fermer. Un pas lourd dans le couloir, c&rsquo;\u00e9tait notre gardien qui s&rsquo;\u00e9loignait. Nous \u00e9tions 13 dans une petite pi\u00e8ce de 3 m sur 5 avec, pour tout mobilier, 13 paillasses bourr\u00e9es de papier et un seau de confiture destin\u00e9 \u00e0 nos besoins intimes.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>   Nous \u00e9tions 13 irr\u00e9ductibles que les menaces des boches n&rsquo;avaient r\u00e9ussi \u00e0 dompter, 13 fortes t\u00eates plus d\u00e9cid\u00e9es que jamais \u00e0 ne pas c\u00e9der et \u00e0 faire respecter leurs droits, 13 gaullistes qui, au grand \u00e9bahissement de leurs ge\u00f4liers, avaient placard\u00e9 sur les murs de leur cellule, la photo du&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Philippe_P%25C3%25A9tain&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806220548&amp;usg=AOvVaw2EIx-tCmK85o1QK9DO599d\">Mar\u00e9chal<\/a>.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>   A vrai dire, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, les membres de ce \u00ab\u00a0jeune mouvement\u00a0\u00bb ne s&rsquo;\u00e9taient gu\u00e8re vus. Chacun ayant \u00e9t\u00e9 parqu\u00e9 dans sa chambre, nous ne nous connaissions pas. La souffrance, les privations, les vexations se charg\u00e8rent de nous unir.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>    Il y avait d&rsquo;abord le \u00ab\u00a0petit p\u00e8re\u00a0\u00bb : Robert HOMO, qui s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9 comme notre chef. Connaissant un peu l&rsquo;allemand, la parole facile, c&rsquo;\u00e9tait notre &nbsp;ambassadeur et je dois dire que, jusqu&rsquo;au bout, il remplit fid\u00e8lement son r\u00f4le et avec une certaine autorit\u00e9. Au demeurant, c&rsquo;\u00e9tait une v\u00e9ritable pipelette, plein de manies de vieux gar\u00e7on. Ses nombreuses aventures amoureuses, ses histoires, ses deux tentatives d&rsquo;\u00e9vasion nous aid\u00e8rent \u00e0 passer bien des soir\u00e9es p\u00e9nibles. <br>   COLOMB, instituteur dans le civil, \u00e0 l&rsquo;esprit pas du tout primaire, artiste \u00e0 ses heures, sp\u00e9cialiste des portraits marchand\u00e9s contre des cigarettes, voire m\u00eame contre de la teinture et des boussoles. Tr\u00e8s bon camarade, au moral \u00e9lev\u00e9, passablement batailleur, ancien \u00e9vad\u00e9. &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp;<br>   FOURNIS, originaire de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gu%25C3%25A9men%25C3%25A9-Penfao&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806221533&amp;usg=AOvVaw3eePbXJqX1nqP4YLtqHEdQ\">Gu\u00e9m\u00e9n\u00e9 Penfao<\/a>, notaire dans le civil, excellent camarade, extr\u00eamement sensible, souvent un peu cafardeux, toujours pr\u00eat \u00e0 vous rendre service et \u00e0 faire les corv\u00e9es quand les autres se font tirer les oreilles, ancien \u00e9vad\u00e9.&nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>    TRASSI, notre ravitailleur en rillettes, poulets truff\u00e9s et autres bonnes choses du P\u00e9rigord. Ses crises d&rsquo;asthme lui permettaient de s&rsquo;a\u00e9rer de temps en temps en allant faire un petit stage \u00e0 l&rsquo;infirmerie.<br>    GOUILLARD, adjudant d&rsquo;active, excellent type, toujours content, tr\u00e8s complaisant, notre cuisinier, ancien \u00e9vad\u00e9. C&rsquo;est lui qui, apr\u00e8s une marche de 15 jours vers la Suisse, rencontra nuitamment un autre \u00e9vad\u00e9 auquel il demanda comment il l&rsquo;avait reconnu et qui entendit cette r\u00e9ponse: \u00ab\u00a0un \u00e9vad\u00e9, \u00e7a se sent\u00a0\u00bb.<br>    CARIS, le bricoleur de la bande, paysan du&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/P%25C3%25A9rigord&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806222563&amp;usg=AOvVaw2d5SmAOVc_DlsjcU94Qsqs\">P\u00e9rigord<\/a>: \u00ab\u00a0Eh,b\u00e9!\u00a0\u00bb. &nbsp;&nbsp; &nbsp;<br>    BELTRAND, le \u00ab\u00a0Riffin\u00a0\u00bb, un peu de sang espagnol dans les veines. Le mari d&rsquo;Yvette, et qui passait par des crises de cafard terribles ; il se blottissait alors dans son coin, emmitoufl\u00e9 de chandails et de couvertures, ancien \u00e9vad\u00e9, lui aussi.LEBLOND, le calme LEBLOND, ancien \u00e9vad\u00e9, l&rsquo;ins\u00e9parable de COLOMB. &nbsp;&nbsp;<br>     Il y avait enfin, TANNEUR, marin de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lorient&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806223387&amp;usg=AOvVaw3QFo2lh19zDs1ploTmrVPT\">Lorient<\/a>, un \u00ab\u00a0juriste\u00a0\u00bb remarquable par sa salet\u00e9 et ses poux (un dur qui, un iour se fit piquer par une sentinelle), GILLART, et aussi, un petit adjudant &nbsp;qui ne payait pas de mine, &nbsp;mais qui n&rsquo;\u00e9tait pas le plus d\u00e9gonfl\u00e9 de la bande.<br><strong>AVENTURES (octobre 1941)<\/strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>     Par tous les moyens, il fallait essayer de quitter l&rsquo;enfer de Barnereuth (?), &nbsp;ses chantiers de terrassements, ses longues et fastidieuses corv\u00e9es de pommes de terre dans les grottes abris du village en compagnie de \u00ab\u00a0Monsieur Charles\u00a0\u00bb (surnom donn\u00e9 \u00e0 un Allemand) que l&rsquo;on ne voyait qu&rsquo;avec son paquet de bougies sous le bras. Plusieurs fois, je m&rsquo;\u00e9tais fait porter malade, esp\u00e9rant que les restes d&rsquo;une ancienne jaunisse se voyaient encore. \u00ab\u00a0lch bin krank, stomach, stomach\u00a0\u00bb \u00e9taient les mots qu&rsquo;avec un air morne et lamentable, je ne cessais de r\u00e9p\u00e9ter au m\u00e9decin boche, un jeune crev\u00e9 plac\u00e9 par des mains protectrices \u00e0 l&rsquo;abri provisoirement des dangers de la campagne de Russie. Un jour, lass\u00e9 sans doute de me voir, ou me croyant r\u00e9ellement malade, en r\u00e9digeant un bulletin d&rsquo;h\u00f4pital, iI me dit avec son air faux : \u00ab\u00a0Morgen spital\u00a0\u00bb; Tout en se retirant apr\u00e8s un retentissant claquement de talon si cher aux oreilles de ces messieurs. Je riais int\u00e9rieurement. Une chance s&rsquo;offrait \u00e0 moi, si je continuais \u00e0 bien jouer la com\u00e9die, de sortir de ce bagne, vrai camp de concentration.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>     Le lendemain, dans ma tenue num\u00e9ro 1, bien astiqu\u00e9 et cir\u00e9, je me mis en route d\u00e8s l&rsquo;aube, en compagnie d&rsquo;un \u00ab\u00a0posten\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;allure bon papa (4 kms \u00e0 faire \u00e0 pied) pour aller du camp \u00e0 la gare o\u00f9 nous arriv\u00e2mes pr\u00e8s d&rsquo;une heure avant la d\u00e9part du train. <br>    Il faisait froid et du ciel gris tombait une pluie qui, par moments, avait envie de se transformer en neige. Install\u00e9 dans un compartiment de 3\u00e8me classe, nous roul\u00e2mes pendant pr\u00e8s de deux heures avant d&rsquo;arriver dans un petit village o\u00f9 nous devions changer de train.&nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>     Pr\u00e8s de trois heures d&rsquo;attente partag\u00e9es entre une petite promenade, je ne dirais pas digestive, car l&rsquo;on m&rsquo;avait recommand\u00e9 de ne rien manger, et une pause dans une auberge servant de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kommando&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806224564&amp;usg=AOvVaw2oFi7uKsmeoem-gJR7UQ3_\">kommando<\/a>\u00a0\u00bb et ou l&rsquo;on m&rsquo;offrit une tasse de jus appel\u00e9 \u00ab\u00a0Koffee\u00a0\u00bb.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;  Un peu r\u00e9chauff\u00e9s, nous nous rem\u00eemes en route, mon cerb\u00e8re et moi, sous une pluie battante, cette fois. Encore deux heures de chemin de fer dans un compartiment bond\u00e9 o\u00f9 la curiosit\u00e9 des occupants allait du \u00ab\u00a0Franzous Officeer\u00a0\u00bb \u00e0 un l\u00e9gionnaire espagnol qui semblait un peu piqu\u00e9 et essayait, de faire des frais avec ses voisins.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>    Apr\u00e8s un parcours \u00e0 travers for\u00eats et vallons, nous nous arr\u00eat\u00e2mes de nouveau, dans une grande gare cette fois, o\u00f9 l&rsquo;attente se passa dans un buffet plein de monde et, o\u00f9 je bus quelques demis offerts par le &nbsp;\u201cPosten\u201d. Nouvel embarquement, nouveau voyage \u00e0 travers une plaine triste et monotone entrecoup\u00e9e de bois de pins et de terrain d&rsquo;aviation.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>     La pluie avait cess\u00e9 quand, apr\u00e8s 8 heures de voyage, pour faire 25 kms (que l&rsquo;on me parle maintenant des chemins de fer&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Boche&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806225303&amp;usg=AOvVaw2SoSaRhQIea4exz1bZyKsR\">boches<\/a>!), nous arriv\u00e2mes \u00e0 Granemion (?) lieu o\u00f9 se trouvait l&rsquo;h\u00f4pital. Quand on demande un renseignement \u00e0 un&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Boche&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806225525&amp;usg=AOvVaw1GH80hKQqpCuVt7HjJVmpb\">boche<\/a>, ou c&rsquo;est un militaire et il vous dira: \u00ab\u00a0Encore deux km pour arriver \u00e0 tel point\u00a0\u00bb, ou c&rsquo;est un civil et il bafouillera et vous enverra dans la direction oppos\u00e9e. C&rsquo;est ce qui arriva et, avant de gagner l&rsquo;h\u00f4pital, nous d\u00fbmes errer de droite et de gauche.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>     Dans un cadre de camp militaire, le lazaret comprenait toute une s\u00e9rie de baraques et de b\u00e2timents que nous travers\u00e2mes avant de trouver le bureau du m\u00e9decin qui, iI me semble, m&rsquo;examina assez s\u00e9rieusement. Pour l&rsquo;occasion, j&rsquo;essayais de me trouver toutes les maladies possibles et imaginables. L&rsquo;examen termin\u00e9, on vint me chercher pour me conduire aux cuisines o\u00f9, pendant que le \u00ab\u00a0posten\u00a0\u00bb \u201cengouffrait\u201d une soupe, l&rsquo;on me fit prendre une petite tasse de th\u00e9 et deux biscottes. Par la suite je compris pourquoi on avait eu cette amabilit\u00e9 avec moi.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>     Puis, deux \u00ab\u00a0chauesters\u00a0\u00bb m&rsquo;agripp\u00e8rent et me conduisirent \u00e0 leur laboratoire. Ce n&rsquo;est pas sans effroi que je les vis pr\u00e9parer un long tube de caoutchouc dont ils firent une sonde et que mes tortionnaires, en souriant, me firent comprendre qu&rsquo;il fallait que je l&rsquo;avale. Un frisson me passa dans le dos. J&rsquo;essayai n\u00e9anmoins de faire bonne contenance, j&rsquo;ouvris un large bec et laissai l&rsquo;une des soeurs m&rsquo;introduire l&rsquo;engin de torture. Une fois, 2 fois, elle s&rsquo;y reprit, rien \u00e0 faire, ma gorge se contractait, j&rsquo;\u00e9touffais, mon estomac \u00e9tait soumis \u00e0 des mouvements spasmodiques terribles. Enfin \u00e0 la troisi\u00e8me reprise, je sentis le tube plus gros que le doigt me traverser la gorge, descendre, descendre, p\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;estomac, c&rsquo;\u00e9tait fini. Les larmes aux yeux, encore tout ahuri par cette plaisanterie, on me dirigea vers la salle de radio o\u00f9, l\u00e0, on me fit ingurgiter un immense bol de bismuth, qu\u2019affam\u00e9, je trouvais d\u00e9licieux.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>      La visite \u00e9tait termin\u00e9e. En attendant le r\u00e9sultat de la radio, une petite promenade dans le parc de l&rsquo;h\u00f4pital me permit de bavarder un peu avec le \u00ab\u00a0posten\u00a0\u00bb qui, au fond, n&rsquo;\u00e9tait pas un mauvais diable et que je croyais avoir amadou\u00e9 sur mon sort. Je me trompais, je m&rsquo;en aper\u00e7us dans les mois qui suivirent. La r\u00e9ponse de la radio arriva enfin : je n&rsquo;avais absolument rien, le m\u00e9decin du camp allait pouvoir triompher et se r\u00e9jouir de pouvoir m&rsquo;en faire baver.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>     Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la ville de Granemion (?) au pas de gymnastique, nous arriv\u00e2mes \u00e0 la gare juste pour prendre le train qui nous mena dans la nuit au petit bled o\u00f9 nous nous \u00e9tions arr\u00eat\u00e9s le matin. Il n&rsquo;y avait pas de correspondance, c&rsquo;est au \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kommando&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806226619&amp;usg=AOvVaw1VTwtt767RX4-Zs1Ot0NcY\">kommando<\/a>\u00a0\u00bb que je couchai. Je trouvai l\u00e0 douze braves types avec qui je discutai ferme, m&rsquo;informant de ce qu&rsquo;ils faisaient, leur donnant les rares nouvelles que j&rsquo;avais. Je retrouvais l\u00e0 la camaraderie que l&rsquo;on rencontre parmi tous les prisonniers. \u00c7a faisait du bien de voir que l&rsquo;on se serrait les coudes. Mais il n&rsquo;y avait ni lit ni paillasse ! Je dus donc m&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 m\u00eame le sol glac\u00e9 que mes \u00ab\u00a0h\u00f4tes\u00a0\u00bb avaient cependant essay\u00e9 de couvrir de leurs vestes et capotes.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>        Je ne peux pas dire que je dormis bien car il faisait un froid terrible et, \u00e0 travers portes et fen\u00eatres mal jointes passaient de nombreux courants d&rsquo;air. La nuit fut longue et ce fut avec joie que le lendemain, j&rsquo;entendis le bruit de clef et le \u00ab\u00a0rausten\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0posten\u00a0\u00bb.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>      Deux heures plus tard, apr\u00e8s un caf\u00e9 chaud, je reprenais de nouveau &nbsp;le train pour Barnereuth (?) o\u00f9 j&rsquo;arrivais assez penaud et fatigu\u00e9 de mon exp\u00e9dition.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>       Le m\u00e9decin m&rsquo;avait trouv\u00e9 \u00ab\u00a0bon pour le travail\u00a0\u00bb, j&rsquo;avais \u00e9chou\u00e9 dans ma premi\u00e8re tentative de lib\u00e9ration, il restait un autre moyen \u00e0 employer : la gr\u00e8ve.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        D&rsquo;octobre \u00e0 fin janvier, en cellule, ce fut long, bien souvent p\u00e9nible, en raison des nombreuses vexations des Allemands qui ne nous m\u00e9nageaient pas. Dans la petite chambre o\u00f9 nous \u00e9tions \u00e9tendus toute la journ\u00e9e, faute de place pour y mettre des chaises, nous complotions. Une partie serr\u00e9e venait de s&rsquo;engager. Dans cette premi\u00e8re manche, nous esp\u00e9rions sortir vainqueurs. Ces quatre mois de claustration ne furent pas perdus pour tous : on complota, &nbsp;copiant des cartes, \u00e9coutant et prenant les conseils des gens exp\u00e9riment\u00e9s. On assaillit le tailleur et l&rsquo;on commen\u00e7a \u00e0 mettre des vivres de c\u00f4t\u00e9. &nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>      Apr\u00e8s quatre mois de luttes, de pourparlers quotidiens, de menaces, de repr\u00e9sailles, les Allemands finirent par c\u00e9der et nous accept\u00e8rent comme surveillants sur les chantiers. Victoire, nous les avions. La premi\u00e8re manche \u00e9tait \u00e0 nous.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>      La contre-offensive ne tarda pas. Moins d&rsquo;un mois apr\u00e8s notre \u00ab\u00a0entr\u00e9e en service\u00a0\u00bb sur les chantiers, de nouveaux incidents \u00e9clat\u00e8rent. Comme il fallait alors s&rsquo;y attendre, on apprit un matin que les postes de surveillants \u00e9taient supprim\u00e9s et que tous, nous devions travailler. La deuxi\u00e8me manche \u00e9tait engag\u00e9e. Elle ne dura gu\u00e8re. Depuis notre premier succ\u00e8s, nous avions d\u00e9cid\u00e9 de reprendre notre libert\u00e9 de manoeuvre, ceci en vue des \u00e9vasions probables sinon certaines de la plupart d\u2019entre nous. Au d\u00e9but il y eut bien des essais de pourparlers, les menaces entr\u00e8rent aussit\u00f4t en action. R\u00e9sister nous aurait reconduits en cellule et \u00e0&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806227948&amp;usg=AOvVaw39PwE1sVHSSEMDH8JLrTcK\">Essen<\/a>, alors adieu l&rsquo;\u00e9vasion. Comme un certain nombre de mes camarades, je fis alors semblant de c\u00e9der, \u00e9videmment apr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre beaucoup d\u00e9fendu. Mon parti \u00e9tait pris, j&rsquo;allais h\u00e2ter mes pr\u00e9paratifs d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9s, et, le d\u00e9gel termin\u00e9, d\u00e8s les premiers beaux jours : en route&#8230;<br>     Les Allemands jubil\u00e8rent : ils avaient enfin r\u00e9ussi \u00e0 forcer les \u00ab\u00a0rebelles\u00a0\u00bb \u00e0 manier le pic et la pelle. Le \u00ab\u00a0rouquin\u00a0\u00bb, sp\u00e9cialement, vint plusieurs fois sur le chantier pour nous narguer. Il croyait avoir pris sa revanche.<br>       <strong>L&rsquo;\u00c9VASION (13 au 20 mars 1942)<\/strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>       Le 10 mars, le temps se mit au beau. Bien qu&rsquo;il fit froid, la neige fondait rapidement et j&rsquo;esp\u00e9rais bient\u00f4t pouvoir mettre mes projets \u00e0 ex\u00e9cution. J&rsquo;\u00e9tais pr\u00eat. Qui, des Allemands ou de moi allait gagner la troisi\u00e8me manche ?&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>      Les 9 et 10 mars, je les ai consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude du d\u00e9part du camp. Chaque jour, je descends au chantier avec, peut-\u00eatre, un peu de nervosit\u00e9. Le moment d&rsquo;agir est venu. FOURNIS, lui, est d\u00e9j\u00e0 parti. Moi, j&rsquo;ai fix\u00e9 mon d\u00e9part pour le 12. Reste \u00e0 trouver le moyen de partir sans \u00eatre vu. Plus que jamais, ce travail de terrassier que l&rsquo;on me force \u00e0 faire, me rebute, je le trouve d\u00e9gradant. Tout en travaillant, sous un pr\u00e9texte ou un autre, j&rsquo;inspecte les lieux. Toutes les issues sont tr\u00e8s gard\u00e9es. Sans doute avec un peu de chance, arriverai-je \u00e0 tromper la surveillance de mes cerb\u00e8res. J&rsquo;h\u00e9site, je t\u00e2tonne et finalement me d\u00e9cide pour une autre solution, un peu risqu\u00e9e, peut-\u00eatre, mais assez s\u00fbre cependant : partir au moment de la sortie du camp pour le travail.<br>       La colonne est longue, il fait encore presque nuit \u00e0 ce moment. Lessentinelles semblent peu vigilantes, et il y a tellement de pagaille qu&rsquo;il semble assez facile de se glisser au dehors et de prendre le large.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>      COLOMB et LEBLOND qui devaient partir en m\u00eame temps que moi, ne sont pas tout \u00e0 fait pr\u00eats, (un dernier coup de fer \u00e0 une veste sans doute) et pour ne pas les g\u00eaner, je d\u00e9cide un peu \u00e0 contrecoeur de retarder le d\u00e9part d&rsquo;un jour. La journ\u00e9e du 12 se passe dans le calme. Sans cesse, mes regards sont tourn\u00e9s vers le ciel : le beau temps se maintiendra-t-il ? II semble que oui.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>       Tout en travaillant, on blague, on s&rsquo;efforce de rire, il faut s&#8217;emp\u00eacher de penser trop \u00e0 l&rsquo;effort que l&rsquo;on aura \u00e0 fournir bient\u00f4t. Le soir, en rentrant, un bon repas. On met les petits plats dans les grands, on liquide les derni\u00e8res provisions. D&rsquo;ici combien de temps ne mangera-t-on pas quelque chose de chaud ?&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>        Tout est pr\u00eat et r\u00e9gl\u00e9 dans les moindres d\u00e9tails. Je partirai habill\u00e9 en civil, un pantalon ray\u00e9, ma canadienne, \u00e0 laquelle j&rsquo;ai enlev\u00e9 la ceinture pour lui donner l&rsquo;aspect d&rsquo;un manteau, un chapeau mou. Pour sortir du camp, un grand manteau couvrira le tout. Comme j&rsquo;aurai les deux mains prises, l&rsquo;une par mon chapeau, l&rsquo;autre par ma sacoche, TRASSY m&rsquo;aidera, \u00e0 la seconde propice. Si la rue est libre, il m&rsquo;arrachera mon calot, je laisserai tomber mon manteau. Coiffant mon chapeau mou, je quitterai les rangs et passerai \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la colonne avec l&rsquo;air le plus innocent du monde.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>       L&rsquo;extinction des feux est venue. De nos cachettes sortent effets et sacoches. Tout est en \u00e9tat, il ne reste plus qu&rsquo;\u00e0 dormir. Le sommeil est long \u00e0 venir mais il vient quand m\u00eame et le lendemain me surprend au milieu d&rsquo;un r\u00eave o\u00f9 j&rsquo;entrevois la France.<br>     <strong>Journ\u00e9e du vendredi 13 mars 1942<\/strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>     On se l\u00e8ve en h\u00e2te, je me sens un peu nerveux et \u00e9mu, un peu dans le m\u00eame \u00e9tat que celui que je ressentais pendant la guerre au moment de partir en mission. Le temps passe, le moment d&rsquo;agir approche. Je me raidis un peu, essayant de para\u00eetre le plus naturel possible, un moment p\u00e9nible \u00e0 passer, on en a vu d&rsquo;autres apr\u00e8s tout\u2026&nbsp;    &nbsp;    &nbsp; &nbsp; &nbsp;                        Dans la cour, la colonne se forme, les sentinelles se placent, l&rsquo;une en t\u00eate, l&rsquo;autre en queue, le rouquin passe son inspection quotidienne, rapide heureusement, car, sous mon manteau passe mon pantalon. \u00ab\u00a0En avant\u00a0\u00bb retentit et la colonne s&rsquo;\u00e9branle, c&rsquo;est le moment d&rsquo;agir. La sentinelle de t\u00eate marche fi\u00e8rement sans se retourner, un petit mur me cache celle de queue, c&rsquo;est le moment attendu. TRASSY m&rsquo;arrache mon calot, avec quelques difficult\u00e9s, le manteau tombe. En un instant je suis m\u00e9tamorphos\u00e9 ; sans me retourner je pars vers mon destin, vers la France, vers la libert\u00e9.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>        Le temps est splendide, dans le ciel, un petit croissant de lune brille encore, un l\u00e9ger vent d&rsquo;ouest me fouette le visage, je me sens l\u00e9ger, le coeur gai. Le d\u00e9part s&rsquo;est bien effectu\u00e9, il s&rsquo;agit maintenant de quitter&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/VHDUK&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806231323&amp;usg=AOvVaw1JAwD3aAC5vbuO5FNMRIqL\">Castrop-Rouxel<\/a>&nbsp;le plus rapidement possible pour mettre de la &nbsp;distance entre mes gardiens et moi. Dans une demi-heure l&rsquo;alerte sera donn\u00e9e.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        Tout en marchant rapidement, je me repr\u00e9sente la sc\u00e8ne qui va se passer \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de la colonne au chantier. On comptera une fois, deux fois, on fouillera dans toutes les directions et ils finiront, apr\u00e8s avoir fait un appel nominatif, par se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence. Alors, ils pr\u00e9viendront le rouquin. Je voudrais voir la rage de cette grande brute quand il saura qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 roul\u00e9.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        Ma serviette sous le bras, je marche, marche. Je suis sorti de la ville et maintenant, dans la campagne, sur une route o\u00f9 il y a encore du verglas, je me h\u00e2te. Pour midi, je voudrais \u00eatre \u00e0&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806231986&amp;usg=AOvVaw1jDawA1uCm3h2yw_RfMmcA\">Essen<\/a>. Le soleil s&rsquo;est lev\u00e9 et commence \u00e0 chauffer. Ah ! ce premier soleil de printemps, qu&rsquo;il est bon. Le temps passe, voici&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/07yb3&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806232201&amp;usg=AOvVaw1G1b84T0X4PcLstvJbC0cA\">Bochum<\/a>. 17 km encore \u00e0 faire, je marche vite, trop peut-\u00eatre, et la fatigue commence \u00e0 se faire sentir. Il fait chaud maintenant et, sur cette immense route droite, j&rsquo;ai peur de para\u00eetre suspect. Pas d&rsquo;endroit pour s&rsquo;arr\u00eater, faire cette fameuse halte horaire, indispensable aux \u00ab\u00a0biffins\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai soif, mes pieds me font mal ; tant pis, il faut aller de l&rsquo;avant.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        Un moment, en me regardant, je tremble : mon d\u00e9guisement me parait vraiment trop grossier, le&nbsp;KG F&nbsp;qui se trouvait sur le dos de ma &nbsp;canadienne, a-t-il enti\u00e8rement disparu sous la teinture et ne vais-je pas \u00eatre interrog\u00e9 et arr\u00eat\u00e9 ? Mais non, personne ne me regarde, je semble passer inaper\u00e7u, mes craintes se calment et tout mon esprit se fixe sur l&rsquo;objectif \u00e0 atteindre.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        Voici enfin les premi\u00e8res maisons d&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806232839&amp;usg=AOvVaw06thNg900ccbcio6TaLGFV\">Essen<\/a>, un tram passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, s&rsquo;arr\u00eate ; j&rsquo;h\u00e9site, je sais qu&rsquo;en le prenant, je gagnerai une heure. Allons, du cran, j&rsquo;en ai d\u00e9j\u00e0 manqu\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure, en ne prenant pas une bicyclette sur le bord de la route. Tant pis, \u00ab\u00a0\u00e0 Dieu vat\u00a0\u00bb, je m&rsquo;installe dans le tram, le receveur s&rsquo;approche, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806233076&amp;usg=AOvVaw0W3q1eYZ2wXkJ93o79IfNc\">Essen<\/a>, bitte\u00a0\u00bb, dis-je un peu tremblant. Alerte, il baragouine quelque chose que je ne comprends pas. Sans doute demande-t-il la station, je risque le va-tout et, dans un charabia indescriptible, je lui explique que je suis travailleur civil ; mon coeur bat vite. Soulagement, il sourit, me donne un billet et s&rsquo;en va. Ouf !&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>       Les maisons des faubourgs d\u00e9filent maintenant rapidement devant moi. Que c&rsquo;est bon d&rsquo;\u00eatre assis, de ne plus avoir \u00e0 se servir de ses pieds ! Enfin voici&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806233623&amp;usg=AOvVaw1KQO1mU4fbrIZ6z9pyIrN4\">Essen<\/a>&nbsp;et sa gare, il est juste midi, je n&rsquo;ai donc pas une minute de retard sur mon horaire. Dans le hall de la gare, o\u00f9 je me suis faufil\u00e9 \u00e0 travers moult soldats et civils, un grand tableau m&rsquo;annonce que, dans quelques minutes, un train part en direction de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/yN8Nz&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806233903&amp;usg=AOvVaw2Z00xj-KIke49DA89Fg6c_\">Duisbourg<\/a>. Je m&rsquo;approche du guichet et de la fa\u00e7on la plus br\u00e8ve possible, je demande mon billet ; je tremble un peu. Le receveur ne l\u00e8ve m\u00eame pas les yeux et me tend l&rsquo;objet tant d\u00e9sir\u00e9. Toujours sans me regarder, il me tend la monnaie ; car, pour \u00e9viter tout ennui et pour avoir \u00e0 parler le moins possible, chaque fois que j&rsquo;ai \u00e0 payer, je tends un billet. Je pr\u00e9f\u00e8re avoir de la monnaie sur moi plut\u00f4t que d&rsquo;avoir \u00e0 poser des questions qui me trahiraient.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>         Je passe sur le quai et, sans peine, je trouve le train. Dans le compartiment o\u00f9 je suis mont\u00e9, deux gros Allemands somnolent dans leurs coins et ne m&rsquo;observent m\u00eame pas. Pas plus que moi ils n&rsquo;ont envie de parler : dans ce pays on se m\u00e9fie tellement les uns des autres. Maintenant, le train roule et les maisons de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/yN8Nz&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806234515&amp;usg=AOvVaw1tKf56J6pove6zBd6JleU9\">Duisbourg<\/a>&nbsp;ne tardent pas \u00e0 d\u00e9filer. Dire que je m&rsquo;\u00e9tais fix\u00e9 cette ville comme premi\u00e8re \u00e9tape et que j&rsquo;ai devant moi une bonne partie de la soir\u00e9e.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>         La gare de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/yN8Nz&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806234949&amp;usg=AOvVaw1XGDut6Ju9sEkqVwiAavWS\">Duisbourg<\/a>, une gare immense avec des passages souterrains, des salles de pas-perdus en nombre respectable. Mon prochain objectif est donc maintenant&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/eqP4Z&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806235272&amp;usg=AOvVaw3xGTuyaMW6Gd55cIH1w2Gf\">Krefeld<\/a>. Pendant quelques instants, j&rsquo;erre en qu\u00eate d&rsquo;indicateurs. En voici un, rapidement je note l&rsquo;heure, le num\u00e9ro du train et vais prendre mon billet. Comme \u00e0&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806235631&amp;usg=AOvVaw02QaULp0ySqF1tHdG0nkSO\">Essen<\/a>, l&rsquo;op\u00e9ration se d\u00e9roule au mieux. J&rsquo;ai soif, une envie terrible de boire de la bi\u00e8re me prend, j&rsquo;h\u00e9site, me dirige timidement vers la buvette. Elle est pleine \u00e0 craquer, je me retire et, comme l&rsquo;heure du train approche, je prends la direction du quai et, non sans remarquer qu&rsquo;il y a peu de monde pour le train, j&rsquo;attends avec impatience le moment o\u00f9 je pourrai me mettre \u00e0 l&rsquo;abri et au chaud car le petit vent d&rsquo;est qui souffle depuis le matin me transperce les os. L&rsquo;heure du train arrive, passe, toujours rien, je m&rsquo;inqui\u00e8te, Le train Berlin-Paris passe devant moi, mon coeur bondit \u00e0 la vue du mot&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/PxfIe&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806236008&amp;usg=AOvVaw3jBS2OuYaAnPFLi2xJFvGF\">Paris<\/a>. Y arriverai-je moi aussi ? Au bout de 20 minutes, je perds patience et redescends consulter un indicateur. Aurais-je mal lu la premi\u00e8re fois ? Je fouille, je cherche. Non, j&rsquo;ai bien lu, que faire ? Je regarde de nouveau, c&rsquo;est un indicateur de 1941 que j&rsquo;ai consult\u00e9 ! Un soupir de soulagement sort de mes l\u00e8vres en voyant que dans une heure, un train pourra m&#8217;emmener \u00e0&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/eqP4Z&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806236394&amp;usg=AOvVaw1P6DjTLAqeplKHd2jK2crL\">Krefeld<\/a>.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        Mais, une heure, c&rsquo;est long, surtout quand on n&rsquo;a pas la conscience tr\u00e8s tranquille. A rester ainsi sur le quai, je dois para\u00eetre suspect, aussi je me d\u00e9cide \u00e0 entrer dans la buvette et, aussi naturellement, que possible, je demande \u00ab\u00a0beer bitte\u00a0\u00bb. L&rsquo;heure passe lentement, enfin voici le train et je ne tarde pas \u00e0 faire route vers&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/eqP4Z&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806237059&amp;usg=AOvVaw0mnxnBRtQyeVUVgUVW5SG7\">Krefeld<\/a>. Tout le long de la route, ce n&rsquo;est que faubourg, usines. Quelles belles cibles pour les avions et pourtant, on ne voit aucune trace de bombardement. Voici toute la s\u00e9rie des&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/eqP4Z&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806237368&amp;usg=AOvVaw1BPjZQ7Ewxd9ZvkOIQCRIh\">Krefeld<\/a>&nbsp;: ouest, est&#8230; A tout hasard, je descends \u00e0 la premi\u00e8re, esp\u00e9rant trouver une correspondance avec&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/KSTLQ&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806237672&amp;usg=AOvVaw2NURXZgRH58mj7vaDbCUUO\">Kempen<\/a>, h\u00e9las, rien.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        Je comprends alors que les difficult\u00e9s vont commencer. Il est maintenant 17 heures. Arriverai-je \u00e0 atteindre&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/KSTLQ&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806238082&amp;usg=AOvVaw01kjxSYugtqL5JIlQIr65f\">Kempen<\/a>&nbsp;pour la nuit ? La sacoche sous le bras, tra\u00eenant les pieds qui sont couverts d&rsquo;ampoules, \u00ab\u00a0j&rsquo;attaque\u00a0\u00bb la travers\u00e9e de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/eqP4Z&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806238344&amp;usg=AOvVaw3rPOlq5uFt5ETU1ZYAL91_\">Krefeld<\/a>. Pendant 1 heure 30 je marche dans une foule compacte, rencontrant tant\u00f4t des policiers, parfois des prisonniers qui regagnent leur&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kommando&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806238598&amp;usg=AOvVaw2R3K4aMMo9FAe2bZiPVLpP\">kommando<\/a>.<br>        Pauvres malheureux, la langue me d\u00e9mange lorsque je passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux. Si pr\u00e8s de la fronti\u00e8re, que font-ils ? Vont-ils rester toute leur vie les esclaves des boches ? La vue de ces malheureux m&rsquo;aiguise, plus que jamais, je veux r\u00e9ussir.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        Je n&rsquo;en peux plus, je me trompe de route, je marche, marche, l&rsquo;ouest m&rsquo;attire. Tant bien que mal, gr\u00e2ce au soleil couchant, je retrouve ma route. A cette heure, les ouvriers sortent des usines, je me faufile au milieu d&rsquo;eux et saute dans un train en direction de Saint Louis. Si j&rsquo;atteins cette ville, j&rsquo;aurai gagn\u00e9 encore 7 km. Sur la plate-forme du train o\u00f9 je suis tass\u00e9 entre 5 ou &nbsp;6 gros Allemands, je vois les derni\u00e8res maisons de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/eqP4Z&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806239256&amp;usg=AOvVaw1wPVf7l1RydfN14q0Jge1x\">Krefeld<\/a>&nbsp;qui disparaissent, et maintenant c&rsquo;est la campagne, une campagne triste, plate o\u00f9 de place en place, on aper\u00e7oit encore de la neige.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <br>         Voici Saint Louis, personne ne m&rsquo;a donn\u00e9 de billet, j&rsquo;essaie de marcher mais, h\u00e9las, mes membres refusent tout effort, je n&rsquo;en peux plus. Je n&rsquo;ai qu&rsquo;une solution : entrer dans un bistrot et m&rsquo;y reposer. \u00ab\u00a0Heil Hitler, beer bitte\u00a0\u00bb, comment n&rsquo;ai-je pas \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 ce moment ? C&rsquo;est un miracle, je devais avoir un aspect lamentable. Encore un nouveau pot de bi\u00e8re et, ramassant toutes mes forces, je me remets en route. Il fait d\u00e9j\u00e0 presque nuit, le vent d&rsquo;est a forci et malgr\u00e9 ma canadienne, je tremble de froid. Je ne pourrais jamais atteindre&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/goo.gl\/maps\/KSTLQ&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806239735&amp;usg=AOvVaw1vWnrvTE7JBKZ4erTdg_rv\">Kempen<\/a>&nbsp;pour la nuit. Il faut que je cherche un g\u00eete. Je marche dans une r\u00e9gion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment plate, rien \u00e0 l&rsquo;horizon, pas de haies, des fermes ici et l\u00e0, des postes de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/DCA&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806239998&amp;usg=AOvVaw1ayauKhVI9DtVLX0tlcRG4\">DCA<\/a>&nbsp;un peu partout.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>         Il fait nuit et je n&rsquo;ai encore rien trouv\u00e9. Sur la route un soldat me croise, un \u00ab\u00a0posten\u00a0\u00bb sans doute, mon coeur bat vite car il me d\u00e9visage et je sens qu&rsquo;il se retourne, est-ce pour m&rsquo;arr\u00eater ? Je me crois perdu, non, ce n&rsquo;est que pour allumer une cigarette, ouf !&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>         Le probl\u00e8me du logement n&rsquo;en est pas moins critique. Enfin, voici sur le bord de la route un silo de betteraves, je m&rsquo;en approche. Mais un civil qui passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi \u00e0 ce moment me trouve suspect, il s&rsquo;arr\u00eate pour me d\u00e9visager. Ne perdant pas mon sang-froid, pour d\u00e9router l&rsquo;intrus, je fais semblant de satisfaire mes besoins&#8230; Cette attitude le satisfait et il reprend la route, non sans se retourner plusieurs fois pour voir ce que je fais. \u00c9videmment, je fais semblant de me remettre en route et d\u00e8s qu&rsquo;il a disparu \u00e0 l&rsquo;horizon, je regagne mon silo. Au milieu des betteraves et de la paille, je me glisse et, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de manger, en vain d&rsquo;ailleurs, je tente de me reposer.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>        La nuit est superbe, un violent vent d&rsquo;est a chass\u00e9 les nuages, je grelotte, \u00e0 chaque coup de vent, les bottes de paille qui m&rsquo;abritent sont renvers\u00e9es par le vent, et voil\u00e0 qu&rsquo;au milieu de la nuit, les sir\u00e8nes se mettent \u00e0 hurler et la&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/DCA&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652863806241383&amp;usg=AOvVaw3aJrlZ6nm9Zg87pRvcn3-2\">DCA<\/a>&nbsp;se d\u00e9cha\u00eene. Dans le ciel balay\u00e9 par de nombreux projecteurs, on entend le ronronnement des avions. Cette nuit me semble interminable. Apr\u00e8s l&rsquo;alerte, un nouvel incident vient me sortir d&rsquo;un d\u00e9but de sommeil.<br>      Un coup de vent plus fort que les autres a \u00e9branl\u00e9 le silo de betteraves et l&rsquo;une d&rsquo;elles est venue rouler sur mon nez. Je saigne, pas d&rsquo;eau pour me nettoyer, tout est glac\u00e9 autour de moi.<br>      (A suivre \u2026.)<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On les a eus, on les aura. Oui, on les a eus, mais au prix de quelles difficult\u00e9s, et seulement au bout de 21 mois de captivit\u00e9. Rien que d&rsquo;y penser, je fr\u00e9mis encore. Comment peut-on rester si longtemps enferm\u00e9, &hellip; <a href=\"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1082","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 ) - Passeurs de Patrimoine de Plogonnec<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 ) - Passeurs de Patrimoine de Plogonnec\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"On les a eus, on les aura. Oui, on les a eus, mais au prix de quelles difficult\u00e9s, et seulement au bout de 21 mois de captivit\u00e9. Rien que d&rsquo;y penser, je fr\u00e9mis encore. Comment peut-on rester si longtemps enferm\u00e9, &hellip; Continuer la lecture &rarr;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Passeurs de Patrimoine de Plogonnec\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-11-11T17:16:39+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"21 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/?page_id=1082\",\"url\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/?page_id=1082\",\"name\":\"Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 ) - Passeurs de Patrimoine de Plogonnec\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2022-05-18T07:52:53+00:00\",\"dateModified\":\"2023-11-11T17:16:39+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/?page_id=1082#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/?page_id=1082\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/?page_id=1082#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 )\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/\",\"name\":\"Passeurs de Patrimoine de Plogonnec\",\"description\":\"\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 ) - Passeurs de Patrimoine de Plogonnec","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 ) - Passeurs de Patrimoine de Plogonnec","og_description":"On les a eus, on les aura. Oui, on les a eus, mais au prix de quelles difficult\u00e9s, et seulement au bout de 21 mois de captivit\u00e9. Rien que d&rsquo;y penser, je fr\u00e9mis encore. Comment peut-on rester si longtemps enferm\u00e9, &hellip; Continuer la lecture &rarr;","og_url":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082","og_site_name":"Passeurs de Patrimoine de Plogonnec","article_modified_time":"2023-11-11T17:16:39+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"21 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082","url":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082","name":"Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 ) - Passeurs de Patrimoine de Plogonnec","isPartOf":{"@id":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/#website"},"datePublished":"2022-05-18T07:52:53+00:00","dateModified":"2023-11-11T17:16:39+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1082#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Patrick : Souvenirs de prison ( 1941-1942 )"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/#website","url":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/","name":"Passeurs de Patrimoine de Plogonnec","description":"","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1082","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1082"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1082\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1123,"href":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1082\/revisions\/1123"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1082"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}