{"id":1100,"date":"2022-05-18T10:39:21","date_gmt":"2022-05-18T08:39:21","guid":{"rendered":"http:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1100"},"modified":"2023-11-11T18:18:35","modified_gmt":"2023-11-11T17:18:35","slug":"paul-chancerelle-in-deutchland-dolbau","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/passeurspatrimoineplogonnec.fr\/?page_id=1100","title":{"rendered":"Paul Chancerelle in Deutchland-Dolbau"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>IN DEUTCHLAND &#8211; DOLBAU, 27 Juin 1942<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td>Hier soir j&rsquo;ai re\u00e7u de Patrick la pr\u00e9cieuse cigarette qui a d\u00e9cid\u00e9 mon d\u00e9part. Le d\u00e9part est fix\u00e9 pour demain dimanche, il serait peut-\u00eatre plus sage de patienter huit jours pour mettre tout au point, mais je n&rsquo;ai pas le courage d&rsquo;attendre, d\u2019autant plus que des camarades du village voisin ont I&rsquo;intention de partir prochainement et il faut \u00e0 tout prix que je les devance. Donc, depuis hier soir, je rumine sans cesse mon plan : quand je suis seul, je me surprends \u00e0 essayer mon accent et la s\u00fbret\u00e9 de ma voix \u201c<em>Bette ein ruckwant billet dritter klasse nach Magdeburg !<\/em>\u201d.\u00a0<br>Aujourd&rsquo;hui, depuis ce matin, je bine des betteraves avec mes \u00ab\u00a0<em>frauen<\/em>\u201d mais c\u2019est un v\u00e9ritable massacre. Du reste, je suis de tr\u00e8s mauvaise humeur : il fait froid et il pleut, mauvais pr\u00e9sage pour demain. Est-ce tr\u00e8s indiqu\u00e9 pour le camping ? Il y a aussi quelque chose qui me refroidit : je pense \u00e0 cette affiche que le gardien a coll\u00e9 en face de mon lit I&rsquo;autre jour \u00e0 I&rsquo;intention de ceux \u00ab\u00a0qui aimeraient se livrer \u00e0 des pens\u00e9es d&rsquo;\u00e9vasion\u201d, \u00e0 ceux-l\u00e0 est r\u00e9serv\u00e9 le\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=http:\/\/philippe.jacquet67.free.fr\/Camps\/KML\/Camp\/Lemberg.html&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509481983&amp;usg=AOvVaw08OokXxIIVRCFwqqnv1c4W\">camp de repr\u00e9sailles de LEMBERG<\/a>\u00a0! dernier coup d\u2019oeil sur ma ferme. Au moment de risquer l\u2019aventure j&rsquo;\u00e9prouve un sentiment curieux \u00e0 la pens\u00e9e de quitter ces lieux \u00ab\u00a0<em>Auf widersehen grosmutter ! \u201d<\/em>. Rentr\u00e9 au Kommando je retrouve mes camarades qui essaient de me dissuader. De fait il fait un temps de chien ! mais je d\u00e9clare tout net que rien ne saurait m&rsquo;arr\u00eater et avec fi\u00e8vre je fais rapidement les derniers pr\u00e9paratifs. Il ne faut rien oublier, ni la boussole qui se camoufle dans ma paillasse, ni mes marks qui sont diss\u00e9min\u00e9s un peu partout, jusque dans un tuyau de pipe. Je fais un dernier appel, tout est l\u00e0, et je m\u2019endors tr\u00e8s vite.\u00a0<br>28 Juin &#8211; \u00e0 cinq heures, je saute de mon deuxi\u00e8me \u00e9tage vers la fen\u00eatre. Il ne pleut pas et les pav\u00e9s sont secs. C\u2019est bon, je pars ! Le gardien fait claquer ses bottes dans l\u2019escalier : je n\u2019ai que le temps de sauter au lit et de ronfler tr\u00e8s innocemment. Il jette son \u00ab\u00a0<em>auf stehen<\/em>\u201c et redescend. Je redescends moi aussi de mon perchoir et enfile mon complet : une veste capote sur mes \u00e9paules, un calot sur le coin de l\u2019oreille, \u00e7a y est ! Adieux aux camarades \u00e0 tous une chaude poign\u00e9e de main \u00ab\u00a0Adieu les gars ! je pars pour la FRANCE ! Mot magique, qui les fait sourire. Et pourtant c\u2019est bien vrai : je pars, un ami prend ma valise et ouvre la route. Nous traversons la cour de la ferme, une rue, un point dangereux. Silence absolu, pas un chat. A I&rsquo;abri d&rsquo;un pommier, un dernier regard circulaire, je jette vivement ma capote, mon calot ; saisis ma valise et poign\u00e9e de main rapide \u201cBonne chance mon vieux\u00a0\u00bb. Je reviens sur mes pas, libre, tandis que mon camarade retourne tout b\u00eatement \u00e0 ses vaches. Pauvre vieux Fran\u00e7ois !\u00a0<br>Je suis seul, tout seul sur la route, la valise \u00e0 la main, comme un honn\u00eate voyageur. Je me regarde de la t\u00eate aux pieds et je commence \u00e0 douter de ma propre personnalit\u00e9. Est-il possible que je me trouve l\u00e0 tout seul dans cet \u00e9trange habit, sur une route d\u2019ALLEMAGNE, et libre ?\u00a0<br>A 300 m\u00e8tres de DOLBA\u00dc je suis d\u00e9pass\u00e9 par une bicyclette. J\u2019entends le bruit qui se rapproche ; vais-je \u00eatre reconnu ? J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 I&rsquo;horrible sensation d&rsquo;une main qui se pose sur mon \u00e9paule ! I&rsquo;homme me fr\u00f4le en me d\u00e9passant, mais il ne me reconna\u00eet pas.\u00a0<br>J&rsquo;aborde l\u2019avenue de Halle et en m\u00eame temps j&rsquo;ai un choc au coeur, juste devant moi, \u00e0 50 m\u00e8tres, I&rsquo;ami de mon patron avec qui j&rsquo;ai travaill\u00e9 bien souvent. Cette fois je n\u2019y coupe pas ! Je tourne l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate. Le type me regarde, me d\u00e9visage curieusement et &#8230; passe sans rien dire. J\u2019ai pourtant I&rsquo;impression que je suis reconnu et que l\u2019alerte va \u00eatre donn\u00e9e. J&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re le pas, mais Ie boulevard est interminable. Un quart d&rsquo;heure apr\u00e8s nouvelle bicyclette venant de DOLBA\u00dc ; je n&rsquo;ose pas me retourner, cette fois, je ne vais pas y couper, c\u2019est s\u00fbrement le gardien ! la bicyclette me fr\u00f4le encore une fois ; c\u2019est un ouvrier qui me conna\u00eet, il ralentit, se retourne et continue. Nouvelle protection \u00e9vidente de Ia Sainte Vierge.\u00a0<br>J\u2019arrive enfin \u00e0 la gare ; croise \u00e0 I&rsquo;entr\u00e9e un \u00e9norme gendarme qui me donne la chair de poule. Apr\u00e8s quelques h\u00e9sitations, je d\u00e9couvre l\u2019heure de mon train. Je saute au guichet, choisis une gentille \u201c<em>fraulen<\/em>\u201d et de mon plus charmant sourire, je lui sors ma le\u00e7on : \u201c<em>Bette<\/em>\u00a0&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;\u201d c\u2019est bien sorti, sans accrochage d\u2019une voix grave et gutturale on me tend le billet ! j&rsquo;en suis tellement surpris que j&rsquo;allais oublier de payer !\u00a0<br>Je monte sur le quai, croise quelques policiers, j&rsquo;aurais facilement I&rsquo;impression que tous les regards convergent vers moi ! J&rsquo;ach\u00e8te un journal et tends ma monnaie sans dire un mot. J&rsquo;\u00e9vite encore un policier et d\u00e9ploie mon journal un peu plus loin. Une dame me demande un renseignement mais je n&rsquo;y comprends rien, absolument rien. Elle me r\u00e9clamait , je crois, sa valise ! je souris d\u2019un air idiot et m&rsquo;incline profond\u00e9ment. Je bats en retraite prudemment et reprends la lecture de mon journal un peu plus loin. Voici le train ! je bondis dans un coin, le train part. A 9 heures\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hanovre&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509484993&amp;usg=AOvVaw36c9MqSa58ZIQY7Rv2sRV4\">HANNOVRE<\/a>, jusqu&rsquo;ici pas de contr\u00f4le, tout va bien. Deuxi\u00e8me \u00e9preuve de guichet. Aucune difficult\u00e9 ! Je me trompe de quai et pendant cinq minutes croise seul avec le service de garde. Un peu inquiet je redescends et trouve enfin mon train au moment o\u00f9 il partait. Quelques indiscrets m\u2019adressent la parole, mais je m&rsquo;en tire avec quelques sourires quelques \u00ab\u00a0<em>ya<\/em>\u201d ou \u00ab\u00a0<em>nein<\/em>\u00a0\u00bb distribu\u00e9s au hasard.\u00a0<br>Onze heures\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hanovre&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509485848&amp;usg=AOvVaw2Zs7kRIJbDR8wbo25XVoFa\">HANNOVRE<\/a>\u00a0&#8211; Je n&rsquo;ai pas le temps de reprendre un billet, une minute d&rsquo;arr\u00eat &#8211; il pleut &#8211; pourtant, j&rsquo;ai trois heures d\u2019attente je ne peux rester en gare, c\u2019est trop dangereux. Je sors donc malgr\u00e9 la pluie, mais o\u00f9 aller ? J&rsquo;aper\u00e7ois des gens qui rentrent dans un temple protestant : je m\u2019y pr\u00e9cipite et assiste pieusement au pr\u00eache qui heureusement dure pr\u00e8s d\u2019une heure ! Le la\u00efus termin\u00e9 je reprends ma course et vais de caf\u00e9 en caf\u00e9. A Ia longue, je me perds dans la ville ; j\u2019aborde froidement un adjudant et lui demande la route. Il me r\u00e9pond avec beaucoup d&rsquo;amabilit\u00e9. A quinze heures je reprends le train pour\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Brunswick_(Basse-Saxe)&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509486173&amp;usg=AOvVaw1MgcENRNe212w6NDK0lLKs\">BRAUNSCHWEG<\/a>\u00a0&#8211; pas d&rsquo;histoire &#8211; \u00e0\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Brunswick_(Basse-Saxe)&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509486405&amp;usg=AOvVaw1zT1T9OZCLOrtpbgSiZhrC\">BRAUNSCHWEG<\/a>\u00a0nouvel arr\u00eat de trois heures, j&rsquo;erre longtemps en ville ; je fais la queue devant un cin\u00e9ma, je regarde les devantures ; reviens \u00e0 la salle d&rsquo;attente qui est pleine de Fritz !\u00a0<br>Dix sept heures &#8211; repars pour\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lohne_(Basse-Saxe)&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509487000&amp;usg=AOvVaw1PMyHWY_fHu594hU6ncxUK\">LOHNE<\/a>. Un contr\u00f4leur me r\u00e9clame je ne sais quoi, je finis par comprendre que je n\u2019ai pas droit \u00e0 I&rsquo;express et paie le suppl\u00e9ment.\u00a0<br>Dix neuf heures &#8211; Arriv\u00e9e \u00e0\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lohne_(Basse-Saxe)&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509487632&amp;usg=AOvVaw0tfGrpwx5tX8jrPy3HpqN2\">LOHNE<\/a>\u00a0&#8211; repars aussit\u00f4t pour\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hamm&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509487914&amp;usg=AOvVaw1h7dUpZqHFZgwpavpAK2fz\">HAMM<\/a>. Le contr\u00f4leur heureusement ne remarque pas ma sortie et mon entr\u00e9e. Entre\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lohne_(Basse-Saxe)&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509488155&amp;usg=AOvVaw2TLm5_T9yATAd1nwoYjvX0\">LOHNE<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hamm&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509488358&amp;usg=AOvVaw3bFaoYcYj4lwUNg-tSB2cx\">HAMM<\/a>, je c\u00e8de ma place \u00e0 une dame qui aussit\u00f4t m\u2019entreprend, la situation devient grave et je m&rsquo;\u00e9carte brusquement. Un monsieur a rep\u00e9r\u00e9 mon embarras ; je sens qu\u2019il me surveille. Il se penche vers sa voisine et je I&rsquo;entends lui dire : \u00ab\u00a0Ce jeune homme est un \u00e9tranger, ne serait-ce pas un Fran\u00e7ais \u00e9vad\u00e9 ?\u201d Je suis seul debout dans le compartiment et tous les regards aussit\u00f4t se fixent sur moi. Je sens que je me trouble ; mais que faire ? parler c\u2019est me trahir ! garder le silence et ne pas me d\u00e9fendre, ce n&rsquo;est pas mieux. Un instant j&rsquo;ai envie de dire que je suis ouvrier fran\u00e7ais. Finalement je choisis le silence. La conversation roule sur moi, et chaque fois qu\u2019un voyageur rentre on me montre du doigt ! A chaque instant, j&rsquo;attends le d\u00e9nouement. De toute \u00e9vidence mon d\u00e9tective voudrait me signaler, mais iI doit descendre avant d&rsquo;avoir vu un policier ; je m&rsquo;installe \u00e0 ma place et feins un profond sommeil. Vingt deux heures &#8211;\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hamm&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509488670&amp;usg=AOvVaw3Jn7blEDvHGxjVI1c1Zkp8\">HAMM<\/a>\u00a0! Je descends et me perds dans la foule. Quel soulagement !!\u00a0<br>Maintenant, il me faut gagner la campagne au plus vite. Je marche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, mais les faubourgs sont interminables. Je veux bifurquer, j&rsquo;aper\u00e7ois un bois et m&rsquo;y engage. Le bois \u00e9tait rempli de jeunes amoureux ! avec ma valise dans ce bois, je sens que j\u2019ai l\u2019air d&rsquo;un suspect. J&rsquo;en sors et me perds ensuite dans une propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, puis dans des jardins ouvriers ! Je retrouve la grand\u2019route et je vois devant moi un policier. Il est onze heures du soir ! reculer, c\u2019est rentrer en ville, impossible ! avancer, c&rsquo;est me jeter dans la gueule du loup, tant pis, j\u2019avance avec d\u00e9sinvolture, et je change seulement de trottoir. C\u2019est le tout pour le tout. Je passe, \u00e7a y est ! Un danger de plus de pass\u00e9 ! Apr\u00e8s une demi-heure de marche j&rsquo;aper\u00e7ois enfin un petit carr\u00e9 de seigle et m&rsquo;y jette. Enfin seul ! quelle d\u00e9tente de n\u2019avoir plus \u00e0 se surveiller. Je d\u00e9balle mes provisions, j\u2019ai tellement soif, que je bois I&rsquo;alcool de menthe, je me br\u00fble terriblement, je veux ensuite manger du pain d\u2019\u00e9pice, mais je ne peux rien avaler, pourtant je n\u2019ai rien mang\u00e9 depuis le matin et je me sens faible. Je m&rsquo;endors assez vite, mais suis tr\u00e8s vite r\u00e9veill\u00e9 par un bruissement d&rsquo;\u00e9pis qui se rapproche ; des chuchotements tout pr\u00e8s. Pendant un instant je ne sais si je r\u00eave, c&rsquo;est un cauchemar ! mais les bruits reprennent, tout pr\u00e8s de moi ; impossible de bouger, je vais \u00eatre pris comme un pauvre idiot. Le moindre geste de ma part agite les \u00e9pis ! Il ne me reste plus qu&rsquo;\u00e0 me recommander \u00e0 la Sainte Vierge et \u00e0 attendre. Tout \u00e0 I&rsquo;heure ces gens vont me marcher dessus ; pour comble de malheur ils ont un chien avec eux ! le nez contre terre je ne bouge pas plus qu&rsquo;un mort. Les bruits s&rsquo;\u00e9vanouissent brusquement &#8211; silence.\u00a0<br>Quand je me r\u00e9veille, il est d\u00e9j\u00e0 tard et je rampe \u00e0 la lisi\u00e8re du bl\u00e9. D\u2019un bond je suis sur la route et file \u00e0 la gare, mais cette fois, je trouve un tramway.\u00a0<br><a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dortmund&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509489982&amp;usg=AOvVaw32ZpVKfq0IL-YIUs-7FgZa\">DORTMUND<\/a>\u00a0&#8211;\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Essen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509490202&amp;usg=AOvVaw0irnQ42U5wqRDto9HZWxRU\">ESSEN<\/a>\u00a0&#8211;\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Duisbourg&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509490415&amp;usg=AOvVaw3ViAVwjXnLbcE0Hd55jucT\">DUISBURG<\/a>\u00a0&#8211; Je passe Ie Rhin &#8211;\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Krefeld&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509490648&amp;usg=AOvVaw0nEroK3Hf__GZ7qxK1ralj\">KREFELD<\/a>\u00a0&#8211; Ici le train est termin\u00e9, je descends, mais b\u00eatement je descends dans les faubourgs ! il me faut gagner le tram de\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.google.fr\/maps\/place\/St.%2BT%25C3%25B6nis,%2BAllemagne\/@51.3003528,6.4326605,11.5z\/data%3D!4m2!3m1!1s0x47b8af6f88f1b59f:0x262760fd69388291&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509490981&amp;usg=AOvVaw3xitzkFXmWC4Z7hbLS5wbD\">SAINT THONES<\/a>\u00a0! o\u00f9 diable aller le chercher ? Je monte dans un tram au hasard et arrive au centre de la ville. Je me prom\u00e8ne \u00e0 I&rsquo;aventure mais je crois que je peux me promener longtemps sans rien trouver ! J\u2019aborde donc un vieux monsieur ; tout de suite il voit que je suis \u00e9tranger et me demande ma nationalit\u00e9, car ajoute-t-il je parle plusieurs langues \u00a0\u00bb Minute d&rsquo;angoisse, si je lui dis que je suis italien et qu&rsquo;il se mette \u00e0 me parler italien ? &#8211; Monsieur, \u00a0je suis ouvrier fran\u00e7ais, j\u2019arrive en ALLEMAGNE et je vais travailler \u00e0 SAINT THONES &#8211; \u201c<em>Ach so<\/em>\u00a0<em>!<\/em>\u00a0tr\u00e8s bien je vais vous conduire, mais au fait qu&rsquo;est-ce que vous allez faire \u00e0 SAINT THONES, parce que ce n\u2019est pas tr\u00e8s industriel ? \u201c De fait quand je vis SAINT THONES je compris I&rsquo;ahurissement du pauvre monsieur ! En attendant le brave homme me conduisit au train, s\u2019excusant de ne pas marcher tr\u00e8s vite \u00e9tant donn\u00e9 son \u00e2ge.\u00a0<br>En montant dans le train je tombe nez \u00e0 nez avec un policier qui venait d&rsquo;arr\u00eater deux russes, deux pauvres gosses qui faisaient piti\u00e9. Quel traitement les attendait ! Je m&rsquo;efface et file \u00e0 l\u2019autre bout du tram.\u00a0<br><a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.google.fr\/maps\/place\/St.%2BT%25C3%25B6nis,%2BAllemagne\/@51.3003528,6.4326605,11.5z\/data%3D!4m2!3m1!1s0x47b8af6f88f1b59f:0x262760fd69388291&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509492145&amp;usg=AOvVaw0bJhtx5RgDd8qpfLJVK9OD\">SAINT THONES<\/a>\u00a0&#8211; terminus, je descends et pense avec \u00e9motion que Pat. (NDLR Patrick) a d\u00e9j\u00e0 foul\u00e9 ce sol il y a trois mois. Je suis sur la bonne route ! \u00e0 vingt kilom\u00e8tres, c&rsquo;est la fronti\u00e8re.\u00a0<br>J\u2019entre dans un caf\u00e9 et demande un glasse-bier. Une femme me r\u00e9pond, un peu surprise, que le caf\u00e9 est ferm\u00e9 depuis deux ans ! je sors un peu g\u00ean\u00e9 et reprends la route. Assez vite j&rsquo;arrive \u00e0\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kempen&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509492781&amp;usg=AOvVaw3_J8iguRApSARX4V-wcFVH\">KEMPEN<\/a>, j\u2019h\u00e9site un peu, passe devant un vieux ch\u00e2teau et aper\u00e7ois enfin sur une borne :\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Venlo&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509493023&amp;usg=AOvVaw1OULniOUKDluxJOFkb9qxf\">VENLO<\/a>\u00a0(H). Je continue avec l\u2019id\u00e9e de me planquer pour reprendre la marche de nuit ; mais la route est tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e et le pays plat. Je dois marcher encore huit kilom\u00e8tres. La fronti\u00e8re s&rsquo;approche dangereusement. Justement un cycliste me d\u00e9passe, me regarde, s&rsquo;arr\u00eate et vient sur moi ! \u00ab\u00a0bonjour bonjour, vous \u00eates russe ou polonais ? \u201cJ\u2019ai bien envie de dire que je suis UKRAINIEN, apr\u00e8s h\u00e9sitation, je lui dis que je suis fran\u00e7ais. D\u00e9tente chez mon interlocuteur &#8211; \u00ab\u00a0J\u2019aime beaucoup les fran\u00e7ais \u2026\u201dla guerre &#8211; les juifs &#8211; les capitalistes &#8211; la collaboration &#8230;. Enfin tous les bobards actuels qui hantent l\u2019allemand moyen.<br>\u00ab\u00a0O\u00f9 travaillez-vous ?\u201d &#8211; A HANNOVRE &#8211; Cette r\u00e9ponse I&rsquo;\u00e9tonne visiblement, de fait, HANNOVRE \u00e9tait \u00e0 quatre cents kilom\u00e8tres de l\u00e0 !!<br>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00ab\u00a0O\u00f9 allez-vous ?\u201d &#8211; question embarrassante ! avant la fronti\u00e8re, il restait un seul village et j\u2019ignorais le nom du village. \u00ab\u00a0O\u00f9 allez-vous ?\u201d &#8211; \u201cAu village \u201c. \u201cAh qu\u2019est-ce que vous allez faire l\u00e0-bas ? moi aussi j&rsquo;y vais \u00a0\u00bb Flanqu\u00e9 de mon dangereux ami j&rsquo;arrive au village. \u201cC\u2019est ici que vous venez ?\u201d \u00a0\u201cNon un peu plus loin, mon amie habite plus loin\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Mais alors vous allez en\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.google.fr\/maps\/place\/Hollande-Septentrionale,%2BPays-Bas\/@52.2263567,4.1750779,7.75z\/data%3D!4m2!3m1!1s0x47c609c3db87e4bb:0xc120b7fec1368225&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509493814&amp;usg=AOvVaw2H52FacSRfrZGYWr8HW98J\">HOLLANDE<\/a>\u00a0?? \u201cNon, non mon amie habite tout pr\u00e8s\u201d. Je crois que le cher homme ne fut pas dupe et en nous s\u00e9parant il me tendit la main. \u201c<em>Eude gut alles gut<\/em>\u00a0!\u201d.\u00a0<br>Malgr\u00e9 tout j\u2019ai eu chaud et je ne tiens pas \u00e0 renouveler une telle rencontre, je r\u00e9ussis enfin \u00e0 me jeter dans un champ de bl\u00e9. Plusieurs fois des passants m\u2019inqui\u00e8tent un peu, mais tout va bien. J\u2019essaye encore de manger, rien ne passe ; juste quelques sucres. Je m&rsquo;endors et me r\u00e9veille vers minuit, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 un peu tard. Pour passer la fronti\u00e8re je n&rsquo;ai que trois heures de nuit. Je reprends la route, bondissant dans le talus quand passe un cycliste. Pourtant I&rsquo;un d\u2019eux vient dans mon dos sans que j\u2019ai eu le temps de le voir. Il ralentit, se retourne et continue. Je traverse encore un village sur la pointe des pieds, retenant mon haleine. Des maisons sont encore \u00e9clair\u00e9es et des contrevents se ferment. J&rsquo;ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre mal embarqu\u00e9. Tout \u00e0 I&rsquo;heure je vais \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 par un chien, ou tomber dans les bras d&rsquo;un Fritz ! Enfin je sors du village, passe devant une maison o\u00f9 un chien se met \u00e0 aboyer ; une porte s\u2019ouvre, je fonce en avant, je suis \u00e9puis\u00e9, \u00e0 bout de souffle et surtout je meurs de soif. Il me reste au coin des l\u00e8vres un peu d\u2019\u00e9cume blanche. Apr\u00e8s une heure de marche, j&rsquo;entends couler de I&rsquo;eau I c&rsquo;est une rivi\u00e8re, et je me jette la t\u00eate la premi\u00e8re. Mon portefeuille tombe \u00e0 I&rsquo;eau, et je n&rsquo;ai que le temps de le saisir. Je bois avidement. Quelle merveille cette eau ! Je repars, me perds dans la campagne pour \u00e9viter un village, juste au moment o\u00f9 je passe devant une maison, un homme en sort ; je plonge en avant et rampe dans un champ de betteraves. De nouveau c&rsquo;est le silence. Je reprends la route bord\u00e9e de grands arbres. J\u2019arrive ainsi devant une gu\u00e9rite, personne. Je continue et me trouve presque aussit\u00f4t devant une maison qui je pense devait \u00eatre la douane. Un chien qui m\u2019a senti aboie, et aussit\u00f4t des hommes sortent ; je me jette dans une touffe d\u2019orties et \u00e9coute ; I&rsquo;alerte est donn\u00e9e mais les hommes sont encore loin et je rampe puis prends mes jambes \u00e0 mon cou. Remonte sur la gauche o\u00f9 je gagne sur la hauteur des taillis. Devant moi, je reconnais une construction qui pourrait bien \u00eatre I&rsquo;h\u00f4pital signal\u00e9 par Patrick. Il est d\u00e9j\u00e0 tard et je d\u00e9cide de rester l\u00e0 dans le taillis. Je m&rsquo;y endors. Je suis r\u00e9veill\u00e9 par un bruit de pas qui me fait sursauter. J&rsquo;\u00e9tais allong\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;un sentier que je n\u2019avais pas vu et je m\u2019aper\u00e7ois avec horreur que je suis parfaitement en vue. Je rampe un peu plus loin en lisi\u00e8re d&rsquo;un champ de patates o\u00f9 travaillent une femme et un prisonnier. Je passe l\u00e0 toute la journ\u00e9e. Quelques \u00e9motions assez vives. Des gens passent avec des chiens ; I\u2019un d&rsquo;eux vient tout pr\u00e8s de moi, mais heureusement sa ma\u00eetresse le rappelle avec insistance ! Des gens qui viennent couper du bois, des jeunesses hitl\u00e9riennes qui font un rallye ! cette fois, j&rsquo;ai cr\u00fb que j\u2019allais tomber dans leurs mains. Quel triomphe c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pour ces gosses ! ! La Sainte Vierge d\u00e9cid\u00e9ment me prot\u00e8ge. Je r\u00e9ussis \u00e0 manger quelques semences de patates et je m\u2019endors apr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre ras\u00e9 tant bien que mal.\u00a0<br>A onze heures, je reprends la marche et cette fois, passe \u00e0 droite de la grand\u2019route. Interminables prairies o\u00f9 paissent des troupeaux. D\u00e8s que j\u2019approche de ces maudits troupeaux ils font un chahut d&rsquo;enfer et foncent sur moi. Ce nouvel ennemi sur lequel je ne comptais pas n\u2019est pas celui qui m\u2019inqui\u00e8te le moins. S\u2019ils ne m&rsquo;encornent pas, ils vont bien arriver \u00e0 signaler ma pr\u00e9sence. Je marche tr\u00e8s longtemps, contourne de petits bois suspects ; j\u2019entends en effet une patrouille qui approche. Je d\u00e9vie un peu ma route. Du reste je commence \u00e0 me perdre compl\u00e8tement. Je marche uniquement \u00e0 la boussole ; j&rsquo;aper\u00e7ois enfin des barbel\u00e9s que je passe sans difficult\u00e9s mais n&rsquo;atteint pas les seconds signal\u00e9s par Patrick. Le jour commence et il me va falloir passer une journ\u00e9e encore en terre ennemie ! J\u2019avise un champ de bl\u00e9 o\u00f9 je tombe ext\u00e9nu\u00e9. Je me r\u00e9veille vite, une bourrasque terrible. Le ciel devient noir et sillonn\u00e9 d\u2019\u00e9clairs. Je n\u2019ai que Ie temps d\u2019atteindre un petit bois. L\u2019orage, un orage effrayant \u00e9clate au dessus de moi. En une seconde je suis tremp\u00e9. L\u2019eau me coule de la t\u00eate dans le cou en cascade ! Adoss\u00e9 \u00e0 un arbre j\u2019attends d\u00e9courag\u00e9, \u00e9reint\u00e9, glac\u00e9. Mon courage fond sous I&rsquo;averse. Le col remont\u00e9, la t\u00eate rentr\u00e9e dans les \u00e9paules et le dos vo\u00fbt\u00e9, j&rsquo;attends comme un condamn\u00e9 au poteau d&rsquo;ex\u00e9cution. J&rsquo;ai toujours aussi soif. Quelle ironie de souffrir de la soif sous ces trombes d&rsquo;eau. J&rsquo;en suis r\u00e9duit \u00e0 sucer les feuilles qui \u00e9gouttent. Trois heures sous ce torrent, compl\u00e8tement crev\u00e9, claquant des dents ! \u00e0 vingt m\u00e8tres une petite maison o\u00f9 je devine un nid bien chaud. J&rsquo;h\u00e9site beaucoup \u00e0 frapper \u00e0 la porte. Je raconterai \u00e0 ces gens une histoire impossible. Si je reste ici, c\u2019est la mort ! Pourtant je reste, la libert\u00e9 est peut-\u00eatre si pr\u00e8s. Elle ne m&rsquo;\u00e9chappera pas par ma faute. La libert\u00e9 se m\u00e9rite ; elle n\u2019a pas de prix pour celui qui a v\u00e9cu des ann\u00e9es sur la terre ennemie. A midi, je peux enfin m&rsquo;asseoir sur quelques branches humides. Voil\u00e0 longtemps que je n&rsquo;ai rien mang\u00e9 ; il faut que je morde \u00e0 tout prix ! je sors alors de mon paquet, un affreux m\u00e9lange de panade, de sirop et de chocolat fondu. J\u2019essaie d\u2019avaler quelque chose, mais sans r\u00e9sultat. J&rsquo;ai des hauts le coeur irr\u00e9sistibles. Je crains d&rsquo;avoir contract\u00e9 une maladie en buvant de l\u2019eau sale. En fait, c&rsquo;\u00e9tait seulement de la fatigue. Apr\u00e8s I&rsquo;orage un homme vient voir les d\u00e9g\u00e2ts. Il passe et repasse devant moi, sans se douter qu\u2019un ennemi est l\u00e0 qui \u00e9pie ses all\u00e9es et venues. J&rsquo;entends aussi 2 gosses qui r\u00e9citent leur le\u00e7on. J&rsquo;\u00e9coute attentivement et j&rsquo;ai I&rsquo;impression qu&rsquo;ils ne parlent pas allemand. Qui sait, peut-\u00eatre suis-je en\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/www.google.fr\/maps\/place\/Hollande-Septentrionale,%2BPays-Bas\/@52.2263567,4.1750779,7.75z\/data%3D!4m2!3m1!1s0x47c609c3db87e4bb:0xc120b7fec1368225&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509495714&amp;usg=AOvVaw3JQQ74gZq5qKdU6vsDNHAp\">HOLLANDE<\/a>\u00a0!\u00a0<br>A Ia tomb\u00e9e de la nuit, heure si favorable \u00e0 l&rsquo;\u00e9vad\u00e9 pour faire le point, je sors de ma cachette et inspecte I&rsquo;horizon. Ma direction bien rep\u00e9r\u00e9e, je me repose encore un peu en attendant la nuit, et que les gens ind\u00e9sirables rentrent chez eux.\u00a0<br>Onze heures, je repars ; demain matin, il faut que je sois en HOLLANDE \u00e0 tout prix, car mes forces d\u00e9clinent s\u00e9rieusement. Je marche pendant une heure, traverse une grand\u2019route \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d&rsquo;un village. Impossible de lire l&rsquo;\u00e9criteau. Derri\u00e8re les volets clos on devine la lumi\u00e8re et les gens qui veillent qu&rsquo;attendent-ils pour aller se coucher? Cette heure de la nuit appartient \u00e0 l&rsquo;\u00e9vad\u00e9, pourquoi empi\u00e8tent-ils sur mon temps ? Je rentre dans un potager et je me paie m\u00eame le luxe d&rsquo;aller cueillir des cerises \u00e0 un m\u00e8tre de la fen\u00eatre du propri\u00e9taire. Que ces cerises sont donc bonnes ! Je ris tout seul en voyant l\u2019ombre du voleur qui se d\u00e9tache sur le pignon de la maison \u00e9clair\u00e9e par la lune. Je regagne la campagne et brusquement au moment o\u00f9 je m&rsquo;y attendais le moins, une vision inouie, incroyable !\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Meuse_(fleuve)&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509496722&amp;usg=AOvVaw2f7Ct-IHfWQjn0xzicKcc5\">La Meuse<\/a>\u00a0! oui La Meuse qui miroite sous la lune. Je comprends le cri des Grecs : \u00ab\u00a0Thalassa ! Thalassa !\u201c Je cours vers la Meuse ; toutes mes \u00e9preuves sont loin ; tout devient gai, l\u00e9ger, a\u00e9rien, y compris ma pauvre loque qui se tra\u00eenait si lamentablement il y a une minute. Je bois \u00e0 m\u00eame Ia Meuse, j&rsquo;y plonge ma t\u00eate fi\u00e9vreuse. Quelle fra\u00eecheur, quel r\u00e9confort ! Mais ce n&rsquo;est pas tout, La Meuse est un obstacle qui n\u2019est pas si simple \u00e0 franchir. Je pars \u00e0 la recherche d\u2019un pont. La Meuse est tr\u00e8s encaiss\u00e9e et je dois remonter un peu sur la falaise, mais ma silhouette se profile dangereusement et ferait une cible splendide pour les gens qui regarderaient des p\u00e9niches. Pas de pont ; toujours pas de pont ! me jeter \u00e0 la nage dans I&rsquo;\u00e9tat de fatigue o\u00f9 je suis, ce n&rsquo;est gu\u00e8re s\u00e9rieux ! je d\u00e9couvre enfin un canot entre deux p\u00e9niches. Je le d\u00e9tache sans bruit, et, au large I La lune est vraiment discr\u00e8te. On y voit comme en plein jour ; enfin je rame vite et j&rsquo;approche de l\u2019autre bord, je viens \u00e9chouer pr\u00e8s d&rsquo;une p\u00e9niche o\u00f9 pleure un enfant. Vite, tr\u00e8s vite, je m&rsquo;\u00e9loigne de cet endroit ; je n\u2019entends rien, mais ma travers\u00e9e aurait pu alerter quelqu\u2019un. Pas une seconde \u00e0 perdre ! Je pense seulement \u00e0 la fureur du propri\u00e9taire au matin, quand iI verra que son canot est all\u00e9 s\u2019amarrer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Cette fois, il n&rsquo;y a pas de doute, je foule un sol ami. La route n\u2019est pas termin\u00e9e, et nombreuses sont les \u00e9preuves qui me restent \u00e0 franchir mais le coeur est joyeux et je marche, je marche \u00e0 toute allure sautant les barbel\u00e9s et les ruisseaux sans ressentir la moindre fatigue. Sur la berge o\u00f9 j&rsquo;ai d\u00e9barqu\u00e9, j&rsquo;entends maintenant du bruit, mais La Meuse s\u2019\u00e9loigne vite et le danger aussi. Je traverse le chemin de fer et m&rsquo;enfonce dans le bled ; ici o\u00f9 l\u00e0 de jolis bois o\u00f9 j&rsquo;aimerais bien passer la journ\u00e9e, mais il ne faut pas m\u2019attarder. Je traverse de grands bl\u00e9s qui me mouillent jusqu\u2019aux os. Le jour se l\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 dans ce ciel de HOLLANDE encore voil\u00e9 de brume l\u00e9g\u00e8re qui se teinte de rose et de bleu. Premiers rayons de soleil qui m\u2019enivrent de joie intense, de chaleur et de libert\u00e9. Je peux enfin contempler le soleil librement ! Bient\u00f4t, je ne serai plus l\u2019animal traqu\u00e9 qui recherche I&rsquo;obscurit\u00e9. Moi aussi j&rsquo;aurai droit \u00e0 la lumi\u00e8re \u00e0 la joie, \u00e0 la libert\u00e9. Je pense \u00e0 la FRANCE qui approche l\u00e0-bas. Pauvre cher pays, comment Ie trouverai-je ? Je n&rsquo;aurai m\u00eame pas le droit de rester \u00e0 KERBIHEN, sinon en fugitif. Je n&rsquo;aurai m\u00eame pas le droit apr\u00e8s deux ans d\u2019exil d\u2019aller prier sur la tombe de papa et maman.\u00a0<br>A sept heures je rentre dans une ferme, o\u00f9 je me fais faire un chocolat au lait !! Je mange si gloutonnement que j\u2019en attrape un mal d&rsquo;estomac, il est vrai que ce pauvre estomac venait d\u2019\u00eatre mis \u00e0 rude \u00e9preuve apr\u00e8s cette di\u00e8te de quatre jours. Je croise sur la grand\u2019route de bons Hollandais sympathiques. Ils me regardent un peu \u00e9tonn\u00e9s quand je traverse un village. En arrivant dans une petite ville, j&rsquo;entre dans une \u00e9glise catholique, mais je m&rsquo;y endors aussit\u00f4t et je ressors assez vite. Je rencontre un abb\u00e9 tr\u00e8s sympathique et lui demande un renseignement. D\u00e8s qu&rsquo;il sait que je suis Fran\u00e7ais, il m&#8217;embrasse presque ; et m\u2019invite chez lui. Pour n\u2019\u00e9veiller aucun soup\u00e7on, je le piste \u00e0 300 m\u00e8tres. Accueil merveilleux, il me donne un litre de lait, de l\u2019argent hollandais, et la fa\u00e7on de demander son billet. Je repars aussit\u00f4t pour la gare, petite gare de campagne, o\u00f9 je me sens \u00e0 l\u2019aise. Un Hollandais me demande je ne sais quoi, je prends un air tr\u00e8s bourru qui ne l\u2019engage pas \u00e0 continuer Ia conversation. Il a l\u2019air un peu \u00e9tonn\u00e9 &#8230; mais n\u2019insiste pas. Le train arrive, direct pour\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Br%25C3%25A9da&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509498054&amp;usg=AOvVaw0X0QhEsAhBniX2SPx3OoWD\">BREDA<\/a>. Voisins tr\u00e8s corrects jovials, on sent des gens heureux de vivre.\u00a0<br><a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Eindhoven&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509498669&amp;usg=AOvVaw2nc5rh3NgrxL-nlGgzqylD\">EINDOVEN<\/a>\u00a0&#8211;\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Br%25C3%25A9da&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509498914&amp;usg=AOvVaw2Ff4Xzfkh34RzQwkP16-R0\">BREDA<\/a>\u00a0&#8211; Je redescends au milieu d&rsquo;un flot d&rsquo;Allemands. Il y en a partout. En sortant de la gare, je suis perdu, la piste est coup\u00e9e. Je n&rsquo;ai m\u00eame pas de carte. Comme Ie pigeon voyageur qui sort du colombier, je tourne deux ou trois fois sur moi-m\u00eame et je fonce r\u00e9solument au sud.\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0<br>Il fait une chaleur torride, j\u2019ai toujours sur moi mes trois chemises et mes lainages, je sens la sueur qui coule \u00e0 grosses gouttes, je sens aussi la fatigue qui me gagne, la t\u00eate me tourne ; d\u00e9cid\u00e9ment \u00e7a ne va pas. Ce n\u2019est pas le moment de tomber dans la rue et de me faire ramasser. Plus je me raidis, plus je sens que je titube, et puis je me sens perdu dans cette immense ville o\u00f9 pullulent des uniformes boches. J\u2019en croise une bande de tout jeunes qui hurlent comme des forcen\u00e9s \u00ab\u00a0<em>Ha\u00efla, ha\u00efla&#8230;ha\u00efla<\/em>\u00ab\u00a0. Je sors un peu de la ville et passe devant des chalets splendides et luxueux situ\u00e9s au milieu de la for\u00eat, mais toujours et partout des Fritz.\u00a0<br>Un petit Homme qui vend des glaces et qui parle allemand m\u2019explique enfin que je suis bien sur la route de BELGIQUE et \u00e0 quinze kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re. Je reprends courage, demain je serai en BELGIQUE. Un peu plus loin, je rentre dans un caf\u00e9 et je trouve un jeune type, tr\u00e8s aimable, intelligent et qui parle allemand. Il me donne tous les renseignements voulus et me propose m\u00eame de m&rsquo;accompagner avec son ami. Nous partons ensemble, I\u2019ami ouvre la marche et surveille \u00e0 trois cents m\u00e8tres ? Nous marchons maintenant sur une petite route. Coup de sifflet, l\u2019ami de t\u00eate fonce sur nous d\u2019un air effray\u00e9. Tous les trois sans savoir de quoi il s&rsquo;agit, nous nous jetons dans une traverse, suivis par un affreux caniche qui aboie \u00e0 plein poumons. Nous rencontrons ici o\u00f9 l\u00e0 quelques contrebandiers qui partent avec leur sac sur le dos en direction de la fronti\u00e8re.\u00a0<br>Je quitte mes amis apr\u00e8s des adieux touchants et maintes promesses de s\u2019\u00e9crire plus tard. Ils m\u2019ont montr\u00e9 de loin un clocher : \u201c&rsquo;Tu vois l\u00e0-bas, tu seras en BELGIQUE !\u201d. Me voil\u00e0 tout seul en face de la fronti\u00e8re. Je d\u00e9cide d&rsquo;attendre la nuit pour avancer et me coucher dans un champ de bl\u00e9. J&rsquo;ai l\u2019habitude maintenant de cette vie de boh\u00eame et d\u00e8s qu&rsquo;il fait sombre, je repars machinalement, la boussole \u00e0 la main. Je traverse des bois, des champs, des prairies. Je longe un champ de seigle, il fait nuit maintenant et on ne voit rien. En arrivant \u00e0 I&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du champ, je tombe nez \u00e0 nez avec un individu qui longeait le bl\u00e9 lui aussi. Je tombe la face contre terre, et je me fais plus rampant que le ver de terre. J\u2019attends quelques secondes terribles. J\u2019ai l\u2019impression que l\u2019individu s\u2019est planqu\u00e9 lui aussi, qu\u2019il est l\u00e0 tout pr\u00e8s, \u00e0 me toucher, qu&rsquo;il me guette, que je suis traqu\u00e9 et que la libert\u00e9 s\u2019\u00e9chappe alors que je la tenais. Apr\u00e8s cinq minutes, je me rel\u00e8ve enfin et me glisse sans bruit. Rien ne bouge, rien ne r\u00e9agit. L&rsquo;individu s\u2019\u00e9tait \u00e9clips\u00e9 sans bruit lui aussi. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce un contrebandier, peut-\u00eatre \u00e9tait-ce un camarade qui regagnait la FRANCE lui aussi !<br>Vers une heure du matin, j\u2019atteins un village qui devait \u00eatre celui que m&rsquo;avait indiqu\u00e9 les amis Hollandais. Je suis assez fier de moi. Je crains que cette fois je n&rsquo;ai pas perdu mon cap. J\u2019aper\u00e7ois une statue de la Vierge qui est une vierge de\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lourdes&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509501218&amp;usg=AOvVaw2F0PVvoYh14Y9GK9QLAX5F\">LOURDES<\/a>\u00a0avec inscription en Fran\u00e7ais. Il n&rsquo;y a pas de doute, je suis en BELGIQUE et je fais une pri\u00e8re d\u2019action de gr\u00e2ce. J&rsquo;ai une soif terrible et p\u00e9n\u00e8tre dans une ferme pour chercher un peu de lait, impossible \u00e0 trouver. Je me contente de tirer de I&rsquo;eau du puits, juste \u00e0 deux m\u00e8tres de la fen\u00eatre des fermiers ; c\u2019est un peu de t\u00e9m\u00e9rit\u00e9, il faut le reconna\u00eetre ! Enfin tout va bien et je laisse filer le sceau sans bruit. Il me reste \u00e0 trouver un abri pour dormir un peu \u2026 J&rsquo;aper\u00e7ois un petit hangar qui ferait mon affaire et je m&rsquo;y glisse doucement. La place est prise, un ronflement puissant \u00e9branle tout I&rsquo;abri, sans doute des contrebandiers ; je ne tiens pas pourtant \u00e0 me m\u00ealer \u00e0 eux, et je vais me poser plus loin dans un tas de paille. Ereint\u00e9, je m&rsquo;endors tr\u00e8s vite. Vers cinq heures, j&rsquo;ouvre un oeil, r\u00e9veill\u00e9 par un froid piquant. Une femme passe qui me regarde ahurie ! Je lui explique qui je suis avec force gestes. Cette fois mon interlocutrice en perd la parole et bl\u00e9mit, rougit, verdit ! elle met un doigt sur la bouche et d&rsquo;un air hagard elle me souffle : \u201c<em>Da\u00eftch, da\u00eftch<\/em>\u00a0\u00bb me montrant la direction du hangar. Il y avait dans ce hangar tout un poste de surveillance allemand ! Je fr\u00e9mis en pensant que j&rsquo;ai touch\u00e9 leurs bottes du bout de mon pied. De toute mon \u00e9vasion, je viens d&rsquo;\u00e9chapper au plus grand danger. Par quel hasard la sentinelle n&rsquo;\u00e9tait-elle pas l\u00e0 ? Comment ne les ai-je pas r\u00e9veill\u00e9s ? Ils ne se douteront jamais qu&rsquo;un prisonnier est venu leur rendre visite cette nuit-l\u00e0 et que ce prisonnier les tenait tous \u00e0 sa merci !\u00a0<br>A midi, j&rsquo;arrivais \u00e0\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anvers&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509502077&amp;usg=AOvVaw02Om0RzG0kazZflHWI88Ll\">ANVERS<\/a>\u00a0par le tramway. Une fois de plus me voil\u00e0 m\u00eal\u00e9 \u00e0 la foule ; je me paie le plaisir d&rsquo;aller d\u00e9guster une glace, mais les gens me regardent avec curiosit\u00e9, et je sens que j\u2019ai commis une imprudence. Je ressors un peu troubl\u00e9 et me perds dans la foule. A la gare je demande un billet et tends des R.M. qui sont refus\u00e9s. Je repars pr\u00e9cipitamment et erre ind\u00e9finiment \u00e0 la recherche de gens aimables qui voudraient bien changer mon argent. Les P\u00e8res J\u00e9suites, que je trouve enfin me rendent ce service. En entrant dans le coll\u00e8ge, un monsieur me conduit \u00e0 la chapelle o\u00f9 on chantait un salut. L\u00e0, agenouill\u00e9 devant le Saint Sacrement, \u00e9mu par les voix claires et pures d\u2019un choeur d\u2019enfants, heureux de me trouver dans un lieu ami, j&rsquo;ai eu une v\u00e9ritable d\u00e9faillance du syst\u00e8me nerveux, je me suis mis \u00e0 pleurer comme un gosse. Je viens de lutter pendant huit jours, les nerfs band\u00e9s, le regard braqu\u00e9 \u00e0 droite, \u00e0 gauche, devant et derri\u00e8re comme l\u2019animal traqu\u00e9, l\u2019oreille constamment tendue retenant mon coeur et ma respiration. \u00a0Maintenant, je me laisse aller, je verse des larmes d&rsquo;\u00e9puisement, mais aussi des larmes de joie tr\u00e8s douce. Le monsieur qui m&rsquo;avait introduit, persuad\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais touch\u00e9 par la gr\u00e2ce et le repentir, va me chercher un confesseur, et veut \u00e0 tout prix que je me confesse ! Le confesseur arrive mais j&rsquo;ai beaucoup de mal \u00e0 lui expliquer que j&rsquo;attends de lui un service tout autre ; qu&rsquo;il s\u2019agit d&rsquo;aider un \u00e9vad\u00e9. Le P\u00e8re rendu tr\u00e8s m\u00e9fiant par l\u2019hypocrisie allemande h\u00e9site un peu et accepte enfin de me donner l\u2019argent.\u00a0<br>Je repars pour la gare et prends le train pour\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bruxelles&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509502788&amp;usg=AOvVaw0hJBM07Xe-eL32uWnczqpc\">BRUXELLES<\/a>, dans le train j\u2019apprends que le front russe est crev\u00e9. A\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bruxelles&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509503066&amp;usg=AOvVaw22F8qhGMbFyHYD8TP5EK3j\">BRUXELLES<\/a>, je change de gare sans difficult\u00e9s et m&rsquo;installe dans le train de\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lille&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509503299&amp;usg=AOvVaw1YoGD-ao7IKYJWn769K-N-\">LILLE<\/a>. LA FRANCE approche et mon coeur bat tr\u00e8s fort. Si j&rsquo;allais \u00e9chouer si pr\u00e8s, si pr\u00e8s du but ! Voil\u00e0 justement deux douaniers qui p\u00e9n\u00e8trent dans le wagon : \u201cIl faut montrer ses papiers et ouvrir ses valises\u00a0\u00bb. Minute vraiment critique ! Les douaniers se rapprochent et arrivent \u00e0 moi, ma seule pi\u00e8ce d&rsquo;identit\u00e9 est ma plaque de prisonnier !!! Les douaniers ouvrent cependant une derni\u00e8re valise, avant de s&rsquo;en prendre \u00e0 moi. Je suis sauv\u00e9, la valise contenait un revolver ! Le propri\u00e9taire est arr\u00eat\u00e9 et les flics s\u2019en vont avec leur butin. Ouf !\u00a0<br><a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tournai&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509503916&amp;usg=AOvVaw12bkxqLiAC_ltW33UXLTT9\">TOURNAI<\/a>. Je suis \u00e0 vingt kilom\u00e8tres de la FRANCE, iI est temps de descendre, j\u2019ai encore une fronti\u00e8re \u00e0 franchir. Il faut encore que je regagne le maquis. Encore la fuite \u00e0 travers champs, les parties de cache-cache avec les patrouilles et les longues heures d\u2019attentes dans les bl\u00e9s. Je traverse avec \u00e9motion\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tournai&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509504195&amp;usg=AOvVaw0JtoeydBXhdVALgE5VlBWM\">TOURNAI<\/a>\u00a0que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9, il y deux ans, au milieu de cette horde de loques humaines, pouss\u00e9es bestialement par les boches, sous la menace de Ia mitraillette et l\u00e0 nous marchions alors le dos courb\u00e9 sous la honte et le d\u00e9sespoir. Les pieds en sang, \u00a0les traits durcis par les nuits sans sommeil, l\u2019\u00e9puisement, la faim et la soif, la figure encore toute noire de la fum\u00e9e de la poudre et de la terre des tranch\u00e9es. Vraiment nous n\u2019\u00e9tions plus des hommes, mais un troupeau un vulgaire troupeau titubant, harass\u00e9, affam\u00e9, que des ge\u00f4liers poussaient sans piti\u00e9 sur la route de l\u2019exil et \u00e0 qui les passants jetaient parfois les quelques miettes qui leur restaient. Aujourd&rsquo;hui, je marche librement dans ces m\u00eames rues de\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tournai&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509504494&amp;usg=AOvVaw3GjnS49fSFW1Tn5Gy0xzom\">TOURNAI<\/a>\u00a0et la t\u00eate haute, car je suis fier de ne pas devoir la libert\u00e9 aux Allemands, mais le souvenir d&rsquo;il y a deux ans, me fait encore fr\u00e9mir. Il y des choses qu\u2019on ne peut oublier, des humiliations qui marquent un homme pour la vie.\u00a0<br>Je demande asile \u00e0 un coll\u00e8ge de J\u00e9suites. J\u2019aurai pu peut-\u00eatre attaquer la fronti\u00e8re d\u00e8s le soir, mais je ne r\u00e9siste pas \u00e0 la joie de coucher dans un lit, un vrai avec des ressorts, avec des draps ! Je dors jusqu&rsquo;au lendemain midi et reprends la route puis le tramway qui me conduit \u00e0 la fronti\u00e8re. L\u00e0, fid\u00e8le \u00e0 mes m\u00e9thodes, je me couche dans le bl\u00e9 et attends la nuit. Onze heures du soir, je me l\u00e8ve pour faire le point et je fonce droit vers l\u2019ouest. J\u2019entends des cloches de FRANCE sonner minuit ! J&rsquo;approche, je touche le but, je deviens de plus en plus prudent, je m&rsquo;arr\u00eate presque \u00e0 chaque pas, pour \u00e9couter, inspecter et je repars sur la pointe des pieds. J&rsquo;ai peur d&rsquo;\u00e9chouer \u00e0 la derni\u00e8re seconde. Je longe maintenant un champ de bl\u00e9. Je m&rsquo;arr\u00eate pile, quelque chose bouge devant moi dans le bl\u00e9, la t\u00eate d&rsquo;un douanier \u00e9merge au-dessus du bl\u00e9, inspecte et dispara\u00eet. Malsain ! je rampe quelques minutes et bats en retraite. A droite \u00e0 cinq m\u00e8tres, un ronflement sonore qui me cloue sur place. Je glisse \u00e0 gauche, de nouveau une ombre. C&rsquo;est un v\u00e9ritable filet dont les mailles sont terriblement serr\u00e9es. Il faut pourtant trouver l\u2019issue et rapidement, car le jour se l\u00e8ve d\u00e9j\u00e0. Je rampe le nez contre terre, je rampe ind\u00e9finiment, partout des douaniers. Apr\u00e8s une heure de ce jeu, je me pose dans un champ de bl\u00e9, tremp\u00e9 par la ros\u00e9e, \u00e9reint\u00e9 et furieux. Sept heures, il fait jour maintenant et je m\u2019agenouille prudent, la t\u00eate \u00e0 hauteur des \u00e9pis. En face de moi, juste en face de moi, \u00e0 quinze m\u00e8tres une pancarte \u201cTouring Club de France\u00a0\u00bb, \u00e7\u00e0 y est. J&rsquo;y suis en FRANCE. Minute inoubliable mais qu&rsquo;il faut avoir v\u00e9cu ! Il n&rsquo;y a pas de mots qui puissent en rendre une id\u00e9e. Libre, libre, je suis libre ! Je cours sur la route et si je ne me retenais, je crierais \u00e0 tous les passants ahuris : \u201cC\u2019est moi, j\u2019arrive, je suis libre !\u201d<br><br>ISTRES &#8211; GRENOBLE 1943<br><br>\u00a0<em>A suivre\u00a0<a href=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/docs.google.com\/document\/d\/1SgOHLnd-yOL1AWe0fGJWezL5BS187Xy81v3zMCI_rzY\/pub&amp;sa=D&amp;source=editors&amp;ust=1652866509506097&amp;usg=AOvVaw3KHjP9mTzXRIlvw_HAF2gF\">Dolba\u00fc &#8211; Lourdes<\/a>\u2026.<\/em><br><br><em>\u00e0 partir de documents pr\u00eat\u00e9s par la famille Chancerelle de Kernoalet en Plogonnec.<\/em><br><br><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IN DEUTCHLAND &#8211; DOLBAU, 27 Juin 1942 Hier soir j&rsquo;ai re\u00e7u de Patrick la pr\u00e9cieuse cigarette qui a d\u00e9cid\u00e9 mon d\u00e9part. 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