L’O.R.A. : l’Organisation de Résistance Armée


​Les combats de Telgruc​


Douarnenez a été libéré le 6 août 1944, Quimper le 8 août.

Les Allemands tiennent encore la position fortifiée de Lézongar près d’Audierne, dont le siège nécessite le maintien en nombre d’unités F.F.I et F.T.P (entre cinq et six cents résistants).

Ce n’est que le 20 septembre 1944, avec la chute de Lézongar, que le Finistère sera entièrement libéré…



L’ordre du colonel EON

Le récit des combats de Telgruc.

L’O.R.A : l’Organisation de Résistance Armée.
Le 11 novembre 1942, mettant à exécution le « Plan Attila », les troupes allemandes envahissent la zone sud de la France, dite « libre » jusque-là. Un mouvement va alors se créer, regroupant clandestinement des officiers et sous-officiers qui désirent participer à la résistance contre l’occupant.
Ce mouvement prend pour nom : « l’Organisation Métropolitaine de l’Armée » (O.M.A.), qui deviendra au printemps 1944 « Organisation de Résistance de l’Armée » (O.R.A.). Il s’agit d’un mouvement de cadres essentiellement militaires, dont le recrutement s’élargira par la suite.
L’O.R.A. reconnaît pour chef le Général GIRAUD, évadé d’Allemagne en 1942. Ce dernier doit dès 1943, face aux autres mouvements clandestins, gaullistes, communistes, rejeter l’exclusive qui le taxe de giraudiste et de vichyste. Mais un esprit anti allemand l’anime, ne serait-ce que par vocation militaire. La liaison se fera au sein de l’Armée Secrète et les F.F.I.
Pour son implantation dans le Finistère et ailleurs, l’O.R.A. utilise la filière « service de renseignements ». Le deuxième bureau, resté en place sous Vichy, a recruté des agents, dès novembre 1940 dans le Finistère sous le couvert du « Centre des maisons d’accueil des anciens combattants » dont le siège est à Paris, Avenue de la Grande Armée.
Luc ROBET, alias « Fanch Le Gave » de Douarnenez, prend contact en septembre 1943 avec le Commandement Central de l’O.R.A., qui le nomme chef du mouvement pour le Finistère. Le  10 octobre suivant, un accord intervient entre Luc ROBET et Guy FAUCHEUX, alias « Max » du mouvement Vengeance, pour la mise en commun des moyens dont disposent les deux mouvements de Résistance dans le Finistère, sous une même direction.
Mais le 20 janvier 1944, Luc ROBET est arrêté par les Allemands en gare de Rennes, ainsi que le lieutenant André Le FRESLON, adjoint au Commandant de l’O.R.A. Bretagne. A Douarnenez le lieutenant d’aviation Yvon CHANCERELLE succède temporairement à ROBET. Après que  plusieurs officiers de réserve, pressentis pour prendre le commandement cantonal de l’O.R.A. se soient récusés, l’Abbé CARIOU propose à l’administrateur principal de l’inscription maritime de Douarnenez QUEBRIAC  d’accepter cette responsabilité.
Aristide QUEBRIAC, résistant de la première heure,  a, dès 1940, aidé des agents de Londres en mission d’exploration.
En fait, si la structure régionale et nationale de l’O.R.A. suit l’ossature du S.R., le groupe de Douarnenez est né en 1941 de la rencontre de quelques personnes, autour du patronage de la Stella Maris, qu’anime l’Abbé CARIOU.
Le 26 avril 1943, l’Abbé CARIOU est arrêté par ZELLER, le célèbre agent de l’Abwehr.
Yvon CHANCERELLE, chef du maquis du bois du Névet,  remplit un  temps la fonction d’officier de liaison,  entre FOIX de Landudec, nommé chef départemental de l’O.R.A. et  le Général MASNOU,  chef de l’O.R.A  Bretagne.
Le 26 mai 1943, au chalet de Kernoalet à Plogonnec, a lieu une réunion de la plus grande importance à laquelle participent : Roger BOURRIERES alias « Berthaud » (représentant Mathieu DONNARD alias « Poussin » chef départemental des F.F.I), ainsi que MORIZO’O, EGERS, QUEBRIAC, CHANCERELLE et HERNANDEZ.
« Puisque vous faites l’union de tous les Mouvements dans le Finistère, dit QUEBRIAC, je me range derrière vous et vous apporte les éléments dont je dispose dans le canton de Douarnenez »
BERTHAUD répond : « Je vous remercie de la confiance que vous me témoignez et, pour bien marquer que  la réciproque existe, je vous donne, dès aujourd’hui, le premier message d’alerte pour le débarquement qui est : « l’Avenue fourmillait d’autos ».
Douarnenez a été libéré le 6 août 1944, Quimper le 8 août. Les Allemands tiennent encore la position fortifiée de Lézongar près d’Audierne, dont le siège nécessite le maintien en nombre d’unités F.F.I et F.T.P (entre cinq et six cents résistants). Ce n’est que le 20 septembre 1944, avec la chute de Lézongar, que le Finistère sera entièrement libéré.
Sur le front de Lorient où se sont retranchés environ 30.000 Allemands, les Finistériens vont participer à partir de Quimperlé au dispositif d’investissement de la place. Ainsi les FFI et FTP vont-ils s’efforcer de contenir les forces ennemies, disposant de puissants moyens et de l’armement lourd et concentrées dans la presqu’île de Crozon avec comme position-clefs les crêtes d’observation du Ménez-Hom, culminant à la côte 330 et d’autres positions fortifiées aux côtes 299 – 272 – 246 et 163.
Les effectifs ennemis s’élèvent à environ 12.000 Allemands et divers mercenaires, Caucasiens pour la majeure partie. Leur nombre augmentera avec l’arrivée par mer, via le Fret, de détachements fuyant les bombardements de Brest.

L’Ordre d’Opération, transmis le 30 août 1944 aux FFI – FTP (888 hommes), placé sous le commandement du lieutenant Jean BERNARD, officier du B.C.R.A., parachuté pour l’encadrement du maquis sera le suivant : « Fermer la presqu’île de Crozon, resserrer sur l’ennemi le dispositif déjà en place, pousser au contact des patrouilles avancées de nuit…, le plus loin possible des bases de départ…, prendre une attitude agressive envers l’ennemi et lui faire sentir qu’il est bloqué dans la presqu’île ».
à cet ennemi puissamment armé, bien retranché, les troupes FFI – FTP ne sont dotées que d’armes légères, à quelques rares exceptions : des mitrailleuses lourdes provenant de chalutiers armés venus se jeter à la côte en baie d’Audierne lors des combats avec des unités de la Royal Navy, récupérées et remises en état par un groupe de marins de Penmarc’h.      
La batterie d’artillerie, déployée sur les hauteurs  de Ploéven, constituée de canons pris à l’ennemi, un 105 et un 155 Schneider français et deux canons de 77 allemands,  aux ordres du capitaine ESPERN.  Cette batterie appuiera efficacement les assauts des troupes françaises libres.
Jusqu’au 20 août les Résistants affronteront seuls les forces ennemies, livrant des combats d’escarmouches et montant des embuscades pour les harceler et les contraindre à reculer. Mal vêtus et mal chaussés les Résistants souffriront du froid, de la pluie et parfois du manque de ravitaillement, mais ils tiendront, tenant l’ennemi en échec. Ce 21 août  les Américains, cédant aux multiples interventions du Colonel EON, Commandant les F.F de Bretagne, consentent à envoyer quelques éléments de blindés légers dans la presqu’île.
Le capitaine NICOLAS de la 5ème compagnie, reçoit l’officier qui commande le détachement : « il ne parle pas un mot de Français et moi pas un mot d’Anglais » constate t-il. Un FFI  servira d’interprète.
« Même si les nouveaux arrivants ne sont pas très offensifs, remarque le chef de la 5ème compagnie, leur présence nous renforce ».
Le 26 août, une colonne américaine plus importante, avec autos-canons et tanks, s’avance vers la presqu’île et semble vouloir prendre position. Le Colonel EON a enfin obtenu l’envoi de renforts conséquents. Ce dernier a un entretien avec le Général MIDDELTON à la mairie de Châteaulin, entretien au cours duquel on précise les missions des Résistants dans un plan d’actions combinées avec les forces U.S. Le Colonel EON installe son P.C. à Plomodiern le 27 août 1944. De violents combats se dérouleront autour du Ménez-Hom jusqu’au 1er septembre 1944, date de la conquête de la côte 330 par les F.F.I.
La chute des positions du Ménez-Hom entraîne le repli des Allemands et permet aux FFI – FTP et aux Américains de réaliser le 1er septembre une avancée de 12 à 15 kilomètres. Le front va s’établir entre les anses de Morgat et du Poulmic, au-delà de Telgruc et d’Argol, sur l’axe de Tal-ar-Groas.
Le long de la mer, une patrouille de reconnaissance de la compagnie CHANCERELLE, constatent que les ouvrages de Beniel aux approches de Pentrez (Saint- Nic), sont vides.
A 14h00, les avant-gardes FFI sont déjà à Saint-Nic. Le Commandant PHILLIPOT, ainsi que les capitaines MONTEIL et BELLAN atteignent Telgruc vers 18h00. La population les accueille avec enthousiasme.

Journal de marche de la 7ème compagnie de Quimper (extrait)
« Patrouille en direction de Saint-Nic, qui se transforme en marche de reconnaissance de 12 km, pour aboutir vers 16h00… à Telgruc. Nous faisons 200 prisonniers russes pour la plupart. Les Américains les prennent en charge immédiatement. Ensuite nuit terrible sous une pluie torrentielle et bombardement allemand pouvant faire craindre à une contre-attaque, les Américains s’étant retirés ».
Le 3 septembre – « douloureuse méprise de Telgruc
On peut y voir la conséquence d’une avancée trop rapide sans doute, mais aussi d’une carence, sinon d’une lenteur, d’une mauvaise coordination chez les Américains dans la transmission ou l’exploitation du renseignement. Un appui aérien a été, semble-t-il, demandé le 28 août au moment des combats les plus violents.

Témoignage du Commandant PHILLIPOT : « Une première fois à 09h30, quatre chasseurs-bombardiers mitraillent et bombardent nos lignes. Par miracle personne n’est touché. Avec deux  aspirants qui m’accompagnent, nous regardons passer les forteresses volantes qui se dirigent sur Brest. Arrivée au-dessus des premières maisons de Telgruc, une escadrille qui vole à 1200 m déverse son chargement de bombes. Une seconde escadrille suit la première. Cette fois nous sommes en plein dessous. Cela dure 20 secondes. Mes deux aspirants sont légèrement  blessés. Autour de nous il n’y a que des entonnoirs je retrouve ma voiture dont la carrosserie est transformée en passoire. Mon chauffeur est indemne, mais Roger Le BRAS, lui a disparu… »
« Après les bombardements du matin, poursuit le Commandant PHILIPPOT, les Américains avaient pourtant pris toutes les précautions. Nos positions étaient jalonnées de panneaux et de fumigènes orange. Rien n’y fit. A midi les chasseurs-bombardiers du matin revinrent mitrailler les décombres, alors que des ambulances américaines et des bulldozers se trouvaient sur place… »
On  ne  dénombrera  pas moins d’une cinquantaine de tués parmi la population de Telgruc : 24 résistants et 51 Américains, sans compter les très nombreux blessés. Le commandement américain niera dans un premier temps toute responsabilité, accusant dans un premier temps les Anglais, puis les Canadiens, pour enfin reconnaître la responsabilité US dans cette tragédie. 150 civils trouveront la mort dans les combats de la presqu’île de Crozon.
286 Résistants trouveront la mort dans les combats de Libération du Finistère.

Le soldat de 1ère classe FFI – DAMEY Jean – de Plogonnec sera tué lors de ce bombardement. 

                                                           O R D R E

Après une semaine de combats acharnés, les Forces Françaises de Bretagne, commandées par le Commandant PHILIPPOT, ont enlevé de haute lutte l’ensemble puissamment fortifié de la montagne du MENEZ-HOM, clé de défense de la presqu’île de CROZON, défendue par des troupes d’élite qui avaient l’ordre de tenir jusqu’à la mort.
Le Colonel Commandant les Forces Françaises de Bretagne adresse à cette occasion, à tous les officiers et volontaires, l’expression de sa fierté d’avoir de tels soldats sous ses ordres.
Les félicitations s’adressent plus particulièrement :
1° au Bataillon NORMANDIE qui, sous les ordres de son Chef, le Lieutenant BERNARD, a conquis de haute lutte l’ouvrage puissamment fortifié qui couronnait le piton 330 lui-même et dont les compagnies, grelottant dans leurs vestons déchirés et leurs souliers sans semelles, ont hissé sur le MENEZ-HOM le drapeau tricolore et montent à ses côtés la garde sacrée de la France.
2° au Commandant de l’Artillerie F.F.I. appuyant l’attaque, dont les tirs, en particulier 2 coups au but de 155 court, l’un sur la génératrice électrique de l’ensemble fortifié, l’autre sur le local du poste radio, ont brisé la volonté de lutte de la garnison.

« Officiers des F.F.I. de Bretagne, sachez et dites à vos troupes que la France entière vous regarde et que vous êtes son orgueil ».

Le Colonel EON,
Commandant des F. F.  de  Bretagne
Signé : EON
Menez Hom, le 2 septembre 1944

Extrait et retranscrit par Hubert DANTIC
 « les passeurs de patrimoine »

LE FINISTERE DANS LA  GUERRE 1939-1945 – l’occupation  et  la  libération   de Georges-Michel THOMAS et Alain LE GRAND – Editions de la Cité