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Je m’intéresse à la toponymie depuis longtemps. Dans les années 80, j’ai créé au sein de l’Institut culturel de Bretagne la commission de toponymie et de signalétique bilingue.
A l’époque, à l’initiative de Jean-Yves Cozan, dans le Finistère, on a commencé à mettre des panneaux à l’entrée des agglomérations, comportant le nom en breton en plus de l’appellation officielle. Pour normaliser cette forme, on a créé une commission au sein de l’Institut culturel de Bretagne et j’ai présidé les travaux de cette commission pendant plusieurs années.
Je me suis intéressé également à la toponymie dans le cadre mon enseignement parce que les toponymes sont des marqueurs intéressants de l’histoire d’une langue. J’assurais les cours de l’histoire du breton. On voyait de quelle manière le vocabulaire, la prononciation changent au cours de l’Histoire.
Plogonnec (Plogoneg) est une commune en « ploe ». On va dire deux mots sur ce préfixe. En vieux breton, c’était « pluiu », mot signifiant « paroisse » qui correspondait à l’appellation latine « plebs » (paroisse primitive du Haut Moyen Age) qui vient de « plebenn » (le peuple, les gens ordinaires). Ça avait le sens de « communauté chrétienne ».
Le mot « Plwyf » a été conservé en gallois. Au Pays de Galles, aujourd’hui encore, on appelle ainsi une paroisse.
A partir du 13ème siècle, le breton a perdu ce mot et l’a remplacé par un autre mot emprunté au latin « parochia » qui a donné « parrez »
Le terme ancien « plwyf » est conservé dans tous les noms de paroisses dites primitives. Les premières paroisses ont été créées par les bretons lors de leur installation en Armorique entre le Vème et le VIIème siècle.
Plogonnec est la paroisse de Sant Conoc. Sur l’illustration ci-dessous, un extrait du cartulaire de Quimperlé de 1203 mentionne le nom de « Ploe gonoc ». A côté, vous avez le nom d’une autre paroisse primitive « ploe neueth », Plonévez-Porzay. « Névez » bien que primitive, elle est nouvelle dans les primitives. La commune de Plonévez est un démembrement de la commune de Ploéven, décentrée un peu par rapport aux voies de communication. On a donc créé une seconde commune.
Ploe gonoc.
Conoc a muté en Gonoc parce que « Ploe » comme « parrez » est un mot féminin et Conoc va s’adoucir en Gonoc
Le breton a un système de marquage de l’opposition masculin – féminin différent du français. En français on utilse l’article « le » pour le masculin et « la » pour le féminin. Le breton utilise la mutation de la consonne initiale du mot. Si le mot est féminin, la consonne initiale va s’adoucir. Si vous faites précéder le mot « parrez » de l’article défini « ar » le « p » devient « b » : « ar barrez ». « Mamm » (mère) devient « ar vamm » si on fait précéder le nom par l’article.
Par ce système de mutation, on sait si le mot est masculin ou féminin.
Les mêmes mots ne sont pas forcément du même genre dans les 2 langues :
Ar moor est masculin en breton (pas de mutation) et féminin en français, la mer.
Plogoneg est la forme moderne de Ploegonoc. En 1500 ans d’Histoire, la phonétique de la langue a changé. Les mots en « oc » (o long) en vieux breton, ont évolué vers un « euc » et ensuite un « ec »
Conoc est devenu Coneuc et ensuite Conec.
Plogoneg s’écrit avec un « G » en breton. Le standard écrit contemporain a été établi en 1807 par Le Gonidec. Il a publié une grammaire celto-bretonne fixant les règles modernes de l’écriture du breton et proposé une convention orthographique. La consonne finale s’écrit telle qu’on trouve le mot dans la dérivation.
La forme officielle servant de base :
- en français, on dit Plogonnécois, donc Plogonnec.
- En breton, un habitant de Plogonnec se dit « Plogonegad ». Cette terminaison n’est pas utilisée à Plogonnec mais dans beaucoup d’endroits de Bretagne, on utilise la terminaison « ad » pour indiquer le nom de l’habitant.
Sant Conoc
Des « Saint Conoc », on a sans doute eu plusieurs. La légende, proposée par un des vitraux de l’église, dit que celui de Plogonnec serait né à Tréfeuntec. Chassé de là par les habitants, il serait venu se réfugier à Plogonnec.
Il y a un autre Saint Conec, compagnon de St Pol Aurélien (St Pol de Léon), qui est honoré dans le Nord Finistère.
On a encore un petit Conoc. C’est Conoc plus une terminaison pour dire qu’il est petit. Actuellement c’est « ig » (Yann – Yannig) mais en vieux breton, c’était « an » d’où Konogan.
Au Moulin Vert à Quimper, la chapelle et le cimetière portent le nom de St Conogan.
On peut également regarder de l’autre côté de la Manche car nos saints bretons sont aussi des saints gallois. Au Pays de Galles, il y a 2 endroits où l’on honore des « Saints Conoc » différents.
Conoc a évolué là-bas en Cynoc. Il y a Llangynog au nord-est du Pays de Galles. Il y a un deuxième au sud de Llandysul.
On arrive à 5 « Saint Conoc » !
A Plogonnec, on a la chapelle de St Egonnec. Conoc est précédé d’un préfixe « Te » (« To » en vieux breton) soit
Te + conoc, Te Gonoc saint (T) Egonnec par fausse césure.
C’est un préfixe hypocoristique, sorte de diminutif qui a le sens d’affectueux + respectueux (qui caresse dans le sens du poil !)
Beaucoup de saints sont précédés de ce préfixe « Te » ou « To » en vieux breton.
A Plogonnec, on fait une fausse césure pour St Egonnec. On coupe incorrectement les 2 mots et St Egonnec. Il n’y a jamais eu de St Egonnec ! Il ya eu un St Gonec avec une forme hypocoristique Thégonnec. Il manque donc un « T » à St Egonnec.
Pourquoi le saint éponyme de Plogonnec, celui qui a donné son nom à la paroisse, n’est pas honoré dans l’église ? Il est dans la chapelle d’à côté. Je ne connais pas le pourquoi mais je peux toutefois vous donner quelques pistes de réflexion et avancer une hypothèse.
St Egonnec a été écarté comme patron de la paroisse et remplacé par St Thurien (St Thuriau). Ce dernier était évêque de Dol à l’époque où les rois de Bretagne Nominoe et Erispoe essayaient d’écarter la Bretagne de l’influence française, l’affluence de l’archevêché de Tours auquel elle était rattachée jusque là.
Ils ont créé un archevêché à Dol couvrant les 9 évêchés bretons. Pour marquer l’importance de Dol comme archevêché de Bretagne, on a favorisé le culte des saints liés à ce centre-là. St Thurien était l’un de ses évêques. Pour l’instant, je ne vois pas d’autres explications.
La christianisation de la Bretagne, par les moines, s’est faite à ce moment-là. Cela n’a pas toujours été simple. Il y a eu beaucoup de conflits entre les tenants de la nouvelle religion, le christianisme et ceux de l’ancienne religion, la religion celtique qui l’a précédée.
On voit St Tegonnec chassé de Tréfeuntec par des gens qui ne voulaient pas de ce genre d’ermite prêchant quelque chose qu’ils n’appréciaient pas.
De l’autre côté de la montagne, c’est Kében qui faisait la guerre à St Ronan !
Le christianisme s’est quand même imposé, de manière curieuse, en n’évacuant pas complètement ce qui existait auparavant. On a conservé des rituels en place et on a essayé de leur mettre un chapeau chrétien.
La troménie, le tour de la montagne sacrée, 12 km, n’est pas très orthodoxe par rapport au dogme romain. On l’a conservée et christianisée.
A St Egonnec, on a une image symbolique de cette superposition des religions (appelé syncrétisme). Les celtes considéraient que certaines sources étaient des lieux sacrés. Très souvent, on trouve une fontaine près d’une chapelle. On a créé une chapelle à côté pour que le culte se déplace de la fontaine à la chapelle. A St Egonnec, on a bâti la chapelle carrément sur la source, lieu du culte d’avant !
Tegonnec
Kon, konog
C’est un nom formé à partir de la racine « kon ». Kon est un cas oblique du mot « ki » qui veut dire « chien ».
« kon » a été conservé dans le breton de Belle Ile dans le sens de pluriel de « ki » . A Plogonnec, le pluriel de « ki » est « chas » (emprunté au français « chasse », « chasse à courre »).
Certains animaux, considérés comme des êtres importants : l’ours, le chien, … ont donné des noms de personnes.
Il y a une 2ème explication.
On a en vieux breton la racine « kon » écrite souvent « kun » signifiant « en hauteur, culminant » et par extension « chef »
Le sens est peut-être le croisement des 2. C’était peut-être quelqu’un qui était fort comme un chien, chef comme un chien
La terminaison « og » est également une terminaison hypocoristique.
Les noms en « Lann »
Comme on parle de saints, on va être amené à parler des noms en « lann ».
« Lann » est le nom ancien pour dire « monastère, ermitage », lieu où habitait un ermite.
La christianisation de la Bretagne a été une affaire de moines, la plupart d’origine insulaire.
Lann- nom lieux religieux ≠ lann ajonc rarement utilisé comme préfixe (park, roz al lann, al lann vras…)
On a quelques « lann » à Plogonnec.
Garlan : garv (rude) + lann
Landibillig c’est un nom en Te… comme Tegonnec
lann- + to>te + epetic/ebetic (Cartulaire de Redon 9e siècle).
Avec la racine eb- que l’on retrouve dans ebeul poulain, un dérivé de eb- nom générique du cheval (marc’h + kazeg)
Keneb jument pleine
Epona la déesse celtique du cheval.
C’est un nom totémique (?) qu’a pris ce saint Il y avait donc un Saint Tebedic. Le « d » est devenu un « l » par la suite
Un autre, situé à St Pierre, a disparu « langoeledig » qui signifie « gouledig », le « nann » du « gouled », donc dans la partie basse de la commune.
Dans 2 de ces « lann », on honore, non pas un saint breton mais 2 saints bien connus : à langoueledig, c’est St Pierre et à Landibillig il y avait la chapelle « San Yann » qui n’existe plus mais le calvaire est toujours là.
Sant Pêr > Langoeledic
« ic » n’est pas seulement une marque diminutive (rividik)
Autre lann- perdu Lanhouez / Langoez (17e) mais Kergouez était déjà attesté avant.
C’est une preuve de christianisation précoce. Les lieux dédiés à St Jean et à St Pierre, 2 des apôtres, honorés en Bretagne sont des lieux de première christianisation.
Voilà 2 lieux où a résidé un ermite qui a prêché le christianisme sans pour autant donner son nom au lieu et ce sont Sant Pêr et Sant Yann qui ont pris sa place.
Langoeledic : il n’y a pas de nom de saint. C’est l’endroit, le Goulid,
Landéguével
Il y a eu certainement un ermite qui a séjourné à Landéguével car avant le remembrement, il y avait un « park an iliz ». Il n’y a plus de trace de chapelle aujourd’hui.
Landéguével
Lananqueffel 1426
Formes anciennes attestées avec l’article (+ d relativement récent) gevel jumeaux.
Racine celtique gem- qui fait penser au latin. Gemellus.
Est-ce que le saint s’appelait Guével (ce nom existe en breton) ?
Est ce qu’il y avait 2 saints ermites qui habitaient dans ce lieu ?
Dans un même lieu, on peut honorer 2 saints. A Plonévez-Porzay par exemple, il y a un endroit qui s’appelle « Lanzent » (zent est le pluriel de sant), ça veut dire qu’il y avait plusieurs saints à y habiter. Lesquels ? On n’en sait rien.
Un saint unique portant ce nom : sant Tegevel
Avant le remembrement, un « park an iliz » a existé, me semble-t-il.
Landivigno
Un nom avec un préfixe en « Te » et la racine « uuin » ayant le sens de « pur, béni, sacré »
D’où le personnage de Sant Tevigno.
Trev ar vourc’h
Trev s’écrit avec un « v » mais se prononce « treo » parce que la dérivation est en « v ».
(EX : Trevidic)
La trève du bourg ne comprend qu’une partie du bourg. De l’autre côté, c’est Trev Kerdangi et Trev Sant Delo. Les sections cadastrales du cadastre napoléonien ne correspondent pas non plus aux trèves. Les limites de trèves ont été fluctuantes en fonction de la démographie. Keroriou ar Gouled ne se trouve pas dans la trève du Gouled, tout comme Kerrouarch ar Gorré ne se trouve pas dans la trève du Gorré.
Les limites paroissiales, communales sont assez fixes. Les limites de Plogonnec n’ont pas beaucoup évolué depuis sa création (paroisse primitive). La paroisse a perdu une petite bande de territoire à la limite Nord quand Locronan s’est créé (la paroisse de Locronan en a pris également sur Plonévez-Porzay) et surtout du côté de Guengat. La commune est toute étroite quand on va vers le Gouled parce qu’il manque un morceau, annexé par le Seigneur de Guengat qui a voulu se créer un fief autour de sa propriété. Il a pris les 2/3 à Plonéis et le ¼ à Plogonnec, ce qui a donné Guengat, bien plus tard.
L’opposition essentielle, en termes de territoires sur une commune, c’est le Gorré et le Gouled.
Le Gorré est la partie supérieure (aujourd’hui à Quimper, une résidence porte le nom de « les Hauts de Kerfeunteun. On a aussi « les Hauts de France »), le levant. L’élévation à la messe se dit « ar gorreou » en breton.
Autrefois, la Haute Bretagne s’appelait « Gorre Breizh et non Breizh Uhel.
Gouled, Goulit
La transcription « it » est récente. En Breton, on ne prononce jamais un « i ». Dans le cadastre napoléonien, c’est également « gouled ». Aujourd’hui d’ailleurs, la tendance de l’IGN est de réécrire Gouled avec un « e » et non avec un « i, ce qui est conforme à l’écriture du breton.
Le Gouled, c’est la partie inférieure, le couchant.
La Basse Bretagne appelée aujourd’hui Bretagne occidentale (Breizh Izel), s’appelait autrefois Goueled Breizh.
Gouled est l’abréviation de Goueled, les Cornouaillais ayant tendance à abréger le vocabulaire.
On retrouve cette opposition « Gorre – Gouled » dans la toponymie.
A Locronan, existent « Gorreker » (haute ville) et « Gouled ar Guer » (basse ville).
A Plogonnec le lieu-dit Gorreker est située plus bas que le Croezou. Le nom n’a rien à voir avec la bourgade du Croezou mais avec d’autres lieux qui se trouvaient plus bas (Mestelhoen, Kergall). Il s’agit donc du village le plus haut perché.
Gouled ar Ménez, en contrebas d’un coteau qui surplombe le Steir
En haut, c’est Krec’h noz (nuit, obscurité), le haut.
Voilà ce que je peux vous dire sur les trèves (subdivision de paroisse, quartier)
J’utilise là un mot français qui n’existe pas ! Rien dans le Larousse ni dans le Robert.
Trève avec un accent grave, c’est du français de Bretagne qui vient du mot breton « trev ».
Trêve, c’est une pause, pendant une guerre, par exemple, mais écrit avec un accent circonflexe.
Les noms en « Tre »
« Tre », c’est un marqueur très intéressant parce que tous les noms en « Tre » ont été donnés avant l’an 1000.
Quand on cartographie les noms de lieux en Bretagne, des « Tre » il y en a partout !
Partout dans la Bretagne qui était bretonne avant 800. Ensuite les bretons ont annexé une partie de la Gaule, le pays de Rennes et le pays de Nantes. Dans ces régions-là, il n’y a pas de noms en « Tre ».
« Tre » veut dire « lieu habité ».
Des recherches archéologiques faites sur l’île de Guennoc (ou Geignog, ou Gaignoc), une île du côté de Molène, ont permis de découvrir la trace d’un village d’avant l’an 1000. Le dessin ci-dessous en est une représentation
Quelques bâtisses, 2 habitations, 2 familles…
Les noms de lieux où s’installaient les gens avant l’an 1000 s’appelaient « Tre » + quelque chose.
A Plogonnec, il y en a plusieurs :
Trebioled
Tre + Buduuaret
Bud > buz (comme dans Beuzec) gain, bénéfice + uuaret secours, protection Buz
Trevaneg
Sa forme ancienne est treffmanach.
C’est le treff où il y avait un moine
Treunod
Tre + Hunn = ours en germanique (Hunaut nom de famille d’origine germanique) + wald qui dirige)
Trezervan
Trefvervan
Plusieurs noms de personnes sont envisageables : Evran avec métathèse « eu » qui veut dire « bon » en vieux breton + bran (corbeau)
ezvan < eudon « eu » (bon) « don » (doué).
C’est peut-être aussi une évolution de « eu + van » qui a donné erwan, youenn, yves.
Trezeuron
Il y a un Sant Souron, du vieux breton « sour » qui veut dire « triomphe ».
Un nom de personne également.
Théorès
Treffrest dans sa forme ancienne
Tre + rest, le lieu où on vient se reposer.
Trogour ???
Trogour, peut-être, parce que ce n’est pas un nom en « Tre » mais en « Tro » et on le trouve historiquement sous les 2 formes, quelquefois en « Tre », quelquefois en « Tro » (Trogouré. en 1618 et Tregoure en 1708).
Ceci dit, la configuration des lieux penche plutôt vers un lieu en « tnou » (traoñ = le bas de, traonienn = la vallée), qu’un nom en « Tre » = l’habitation de.
Peut-être aussi un nom de personne avec la même racine que Coray (cor : troupe, armée.
Où se trouvent les noms en « Tre » à °Plogonnec ?
Il n’y en a pas autour du bourg. Est-ce que ça voudrait dire que la paroisse, était habitée dans sa partie orientale et inhabitée au bourg ?
C’est impossible car les recherches archéologiques prouvent que c’est d’abord autour du bourg que la population s’est implantée.
Pourquoi donc n’existent-ils pas de noms en « Tre » autour du bourg ?
A partir de l’an 1000, on va délaisser les appellations en « Tre » qui était un lieu d’habitation ordinaire. On a débaptisé des lieux en « Tre » pour les renommer en « Ker ». Les « Tre » ont été conservés plutôt en périphérie.
Les noms en « Bod »
« Bod » buisson, rameau, en breton.
« Bod » signifie « résidence, habitations peut-être avec une seule famille, ferme ou dépendance de château. »
Ce mot existe toujours en breton et veut dire « réunir ».
A Quimper vous pouvez lire sur un panneau bilingue « Bod al labourerien yaouank» ou Foyer des jeunes travailleurs en français.
A Plogonnec, il y a :
Bonneskad
Bod + reskad, Sant Reskad, le patron de Plouescat.
res = ardeur + kad = combat
A la lisière du bois de Bonnescad existe une très belle motte féodale. On distingue encore la douve (un fossé). Au sommet il y avait le château (en bois). Un « laez » devait sûrement exister à cet endroit. Par la suite on a construit le manoir un peu plus bas.
Il y a 2 mottes féodales à Plogonnec : Bonnescad et la Motte (ar Voudenn) sur la montagne de Locronan. Il y en a une autre, très belle également, à Leslia en Quéménéven. On la repère plus facilement que celle de Bonnescad car les arbres n’ont pas poussé. Un site magnifique.
Bouteveleg
(Boutefelec)
Un nom ancien en bot + Kefeleg = la bécasse (peut-être ?)
Les noms en « maez »
Maez ou Mez = la campagne c’est-à-dire un endroit où il n’y a pas de talus « openfield » ou champs ouverts. C’était un peu le remembrement avant le remembrement !
A Plogonnec on trouve :
Mezaheré
kere « tanneur de cuir, cordonnier»
la campagne du cordonnier
Mesteurnel
Mesturner est l’ancienne forme
teurgn = tour (prononciation cornouaillaise)
turgner = tourneur (potier ou bois).
Mestalhoen
Le nom du saint original de Saint-Albin : Alc’houen + préfixe TeHael (noble généreux) uuethen (combat, guerre)
Mes + Te (préfixe qui va dans le sens du poil) + Alc’houen (le saint celtique du Gorré qui a été détrôné par St Albin. En breton on dit toujours sant Alc’houen mais le jour du pardon on chante « Sant Albin hor patron ». On a beaucoup de cas de ce genre où l’Eglise a essayé de remplacer les saints celtiques par des saints plus convenables pour Rome. A Seznec, c’est St Denis qui a remplacé St Sezny, moine irlandais patron de Guissény
Les noms en « Ker »
Le lieu le plus chic, c’était le « caer », la forme ancienne de « Ker »
Le « caer » au Haut Moyen Age, avant l’an 1000, c’était aussi un petit village comme un « Tre » mais qui était fortifié, entouré d’une enceinte pour éviter les intrusions : animaux sauvages, envahisseurs (les Vikings).
Après l’an 1000, on n’utilise plus le mot « Tre », moins chic que « Ker »
Désormais, tout village qui se construit s’appelle « Ker ».
Plus de 9000 dans le Finistère et presque une centaine à Plogonnec (sur 270)
Il devient donc difficile de chercher les anciens « caer » d’avant l’an 1000 dans tous les noms en « ker » que l’on a.
Certains « ker » autour du bourg de Plogonnec datent certainement d’avant l’an 1000 car on a des »Tre » ailleurs.
Beaucoup de Caer également dans des noms de villes au Pays de Galles : Caerdydd ou Cardiff, Caernarfon, Caerleon, Caerphilly, Caerfyrddin.
En vieux breton il y a deux mots : caer devenu ker (village) et le mot « kadr » qui a donné comme nom de famille « Le Cadre » qui a évolué en nom de famille « Kaer » (beau, joli).
Des Ker- ont détrôné des Tre
Impossible de savoir lesquels (aucun Tre- du côté du bourg)
Bien que ce ne soit pas simple, on va essayer de voir où se trouvent les anciens « caer ».
On peut parfois avoir une indication avec le préfixe « coz » : Ar Gêr Gozh / Ar gozhker (le vieux village) ou avec le préfixe « hen » (non utilisé aujourd’hui signifiant antique) comme dans Hennebont (le pont antique), le Henguer à Cast (l’antique village)
An hengar : Kerengar
A Plogonnec on a Kéringard.
Ker + hen + caer, (le village du vieux ?????). Là on est sûr qu’il y a un ancien « caer », d’avant l’an 1000.
Un deuxième élément, qui suit le mot « caer » permettant de dire que c’est un ancien « caer », est lié au nom de la personne. S’il a disparu après l’an 1000, ça voudrait dire qu’il était archaïque. Tout ceci avec un point d’interrogation quand même…
On va prendre quelques « Ker » autour du bourg, peu importe leur origine :
Keriored
Riuuoret (9e siècle)
Ri qui veut dire roi en vieux breton (dit « roue » aujourd’hui qui vient du français « roy »)
« Ri » a été conservé dans les noms de famille : Rivoal, Rivalin, …
+ uuoret en vieux breton qui veut dire protégé, secouru.
Donc le village du roi secouru.
Kermahun
Keranmauhun 1426
2 éléments dans le nom :
mau = jeune homme, qu’on retrouve dans le nom de famille « Mauguen » signifiant « jeune homme pur » (guen dans le sens de pur et non de blanc)
et « hun » = sommeil en vieux breton (aujourd’hui kousk)
Ce mot « hun » n’a pas complètement disparu, on le retrouve dans « dihun » qui signifie « éveillé »
Le village du jeune homme endormi, qui est sûrement un surnom.
Kergroez
Crux en latin > croez en vieux breton devenu kroaz aujourd’hui : la croix.
Souvent les noms de lieux conservent des prononciations anciennes : aujourd’hui on dit « ar Hoad » mais à Kerfeunteun on a « Ster ar C’hoed ».
La croix était au carrefour de Kermahun (marquée sur le Cadastre. napoléonien « croix de Kermahun) et c’est cette croix qui a donné son nom au lieu-dit. Il y avait d’ailleurs un champ qui s’appelait « park ar groaz ».
Celle de Kervec, plus bas, est plus récente.
Keroriou
Kergouriou en 1426
gour = viril + iou = lien (voir yev = joug en breton) soit « sous le joug de la virilité » = « superman ». C’est un nom de personne (nom de famille « Gouriou »)
Kervec
Keravezec 1626
Il y a le vieux breton « auid » = désir, souhait (gallois awydd) qui sous-entend un, enthousiasme + ec terminaison qualitative
Le village de l’enthousiaste
Kerouarc’h
Kerouzerh 1426
Nom de famille Gouzerh, Gouzarc’h, Gouzalc’h avec le préfixe gou- d’atténuation + derc’h = aspect pur et dur du coeur du bois.
Le village du petit dur.
Kergorneg
Kerancornec 1680
Nom de famille en Corn Cornec, Cornu.
Ce nom existe en vieux breton dans le cartulaire de Redon dans les années 800 – 900 : une allusion probable au casque corné porté par les Celtes.
sant Korneli est le patron des bêtes à cornes.
Kergornec devenu Kergoruec.
C’est très courant car l’écriture manuscrite du « n » et du « u » était très proche. Il y a donc eu énormément de confusions tout au long de l’Histoire, des noms de lieux qui changent…
Autre exemple de confusion d’écriture :
Locronan. Ronan est un saint d’avant l’an mil. On devrait donc avoir un « lann » signifiant « ermitage ». Locronan a dû s’appeler Lann Ronan avant l’an mil.
Dans le Léon on a St Renan, puisque Ronan a commencé là-bas avant de venir en Cornouaille et il a fini sa vie dans la région de St Brieuc, à Laurenan, mauvaise écriture de Lannronan.
Kergaradeg
Karadeg c’est un ancien nom de famille (figurant au cartulaire de Redon)
karout aimer = c’est donc le village de quelqu’un d’aimable
saint Caradog né au Pays de Galles
Kerglas
Keranglas 1426
glas = bleu et vert en breton + glas = le livide, pâle.
La forme ancienne étant Ker + anglas = nom de l’habitant (on connaît des noms de famille « Le Glas ».
« c’hoarzhin glas » = rire jaune.
Kerored
Vieux Breton « Uuoret » = protégé, secouru.
C’est un nom de personne.
Kerustañs
Kergustant 1426
saint Coustance, martyr romain au IIe siècle (nom porté par 3 empereurs romains)
C’est un nom de personne.
Il y aurait peut-être un site romain près la chapelle de saint Tegoneg ( !)
Vu qu’il porte le nom d’un empereur romain, c’est sûrement un lieu habité avant l’an 1000 !
Kerc’ho
Kergo 1426
gov = forgeron (govell = forge) confondu avec maréchal-ferrant (marichal)
Il y avait certainement une forge.
Kergoff Kerangoff 1426
Nom de famille Le Goff
Kerangoff
Ker + an goff
Le village d’une personne qui s’appelle « Le Goff »
Kerreun
Run = la colline, la butte
D’autres noms en « ker »
A Plogonnec, sur 260 noms de lieux-dits, il a une centaine en « Ker ». Rappelez-vous que ça faisait plus chic d’habiter un « Ker » qu’un « Tre »
Kerantouz
Nom de famille « Le touz »
Sans doute quelqu’un qui avait les cheveux courts (tondu) et son surnom est devenu son nom.
Le village de Le Touz.
Kervolzet
Keranbolsec 1644
ar volzeg : un endroit où il y a des voutes.
Quand on arrive à Kervolzet, le champ à gauche s’appelle « park an iliz » parce qu’il y avait une chapelle à côté, la chapelle de St Corentin.
Pourquoi a-t-on appelé la ferme « Kervolzet » ? S’l y avait une église, on l’aurait appelé Kernilis. Non, sans doute qu’au départ l’église n’était pas au même endroit qu’à la fin et il pouvait rester des ruines de voûtes à l’emplacement de la ferme. On a déplacé l’église, qui n’existe plus.
bolz = voute (Nom de famille Le vouté)
Kerganape
kanabeg = une chènevière = un champ de chanvre, cannabis (nom latin du chanvre)
Amuïssement du « g » de -eg Foenneg / avaleg
A Plogonnec on cultivait beaucoup de chanvre parce qu’avec le chanvre on faisait des toiles Il était livré à Locronan qui a dû sa prospérité à cette industrie-là.
Quand on consulte le cadastre napoléonien, autour du bourg, on trouve beaucoup de parcelles ayant trait à cette culture :
Des « Liorzh Kanab » (le courtil à cannabis) il y en a à Kerganapé et dans beaucoup de fermes au bourg : Kerinoù, Kerantouz…
Quand il y a du cannabis, il y a aussi un « rouissoir » (l’endroit où on met le chanvre à rouir afin d’obtenir des fibres (an aogenn). On retrouve donc des « park an aogenn, foenneg an aogenn, roz an aogenn » un peu partout.
K ganapé (Kerganapé) est écrit d’une manière un peu curieuse, non ? K barré et napé
Il y avait tellement de noms de lieux et de famille en « Ker »en Bretagne qu’on avait inventé un graphème pour écrire en version abrégée le mot « Ker ». C’était un K barré. Un peu comme en Ecosse, les noms en « Mac » (fils de – mab en breton) s’écrivent « Mc ». Ainsi dans le cadastre napoléonien, tous les noms de lieux sont écrits « K barré » (K).
Cette écriture a été interdite par la 3ème République (1870- 1940). Il existe encore malgré tout quelques endroits où le « K » existe toujours.
A l’ïle de la Réunion où quelques bretons se sont installés, il y a toujours quelques noms en « Ker » qu’on écrit K’+ la suite du nom (K apostrophe car il n’existe pas de K barré sur le clavier de l’ordinateur). Prenez l’annuaire téléphonique de la Réunion, vous verrez des « K ‘ » (K’morvan, K’varec, …)
Cabaret intersection de la route de Gouézec sur la route Briec-Pleyben
Gernévez Kerdangi
Kernévez : une ferme récente, neuve qui ne date pas d’hier comme les « ploe nevez »
et Ker + tangi = tan (feu) et ki (chien) soit chien de feu.
Kereilh
3 interprétations possibles.
1 – Sant Heyl existe en Cornouaille britannique, mais pas de saint Heyl (il n’est plus honoré par les protestants). Il existe encore une chapelle sant Heyl (heyl = estuaire, débouché)
2 – Hael (en vieux breton Haeloc) qui a le sens de généreux. Un nom de chevalier d’avant l’an mil.
3 – « eil » en gallois a le sens d’enclos, d’enceinte. Il est possible que ce soit cette dernière hypothèse la bonne. Ce serait peut-être un ancien « Caer » d’avant l’an mil. Souvent ces anciens « caer » sont devenus des manoirs.
Kérinou
Kerhinou 1426, Kerrenou 1540
Pluriel de hin : l’un des sens de hin attesté en vieux gallois : limite, côté, bord.
C’est donc le village qui se trouve sur le côté, le bord du bourg où il y avait certainement un « caer », un endroit très protégé, un lieu fortifié.
D’ailleurs il existait un « Foenneg ar Vur » au bourg (la prairie de la muraille).
Keramer
On trouve ce nom avec un « r » ou avec un »l » (la forme la plus ancienne).
L’interprétation est plus difficile car l’accent n’est pas sur la dernière syllabe mais sur « am ». Ce serait sur la dernière, on trouverait Ker + maer /mell/mael.
« am » serait plutôt la racine. « am » existe comme racine en breton mais c’est un préfixe signifiant « qui tend à être, qui tend à s’approcher, vers, aux environs de, autour de ».
Il est vrai qu’on n’est pas loin du bourg.
Penkêr
Pen + Ker = la tête du village, un village avant un autre, un peu à l’écart.
C’est une habitation située à l’entrée d’un village, ici le manoir de Beulieg.
Kergall
Keran gal en 1644.
C’est le nom de famille « Le Gall », le village de la famille Le Gall.
Le mot « gall » a donné « galleg », la langue française, la langue de l’étranger.
Pour cette raison, le pays de Haute Bretagne qui ne parle pas le breton est appelé « le pays Gallo », le pays breton qui parle la langue de l’étranger.
« gal » est une racine très répandue qu’on trouve dans l’appellation de peuples d’Europe : les Anglais appellent les Gallois les Welsh, en Belgique, on a les Wallons, C’est la même racine.
Kerdavéron
Kerdiviron 1680.
Nom de famille signifiant « toujours viril, sanguin »
Kerfelgant
Kerfergant 1426
Nom de personne. Un personnage important en Bretagne, mort en 1119, Alan Fergant est le dernier duc de Bretagne à avoir parlé le breton. Il a participé aux premières croisades au nom de la Nation de Bretagne. Il représentait un pays indépendant aux yeux de Rome. C’est probablement lors de ces croisades que la Bretagne a été dotée d’un drapeau, une croix noire sur fond blanc. Tous les navires bretons étaient connus dans les ports d’Europe à cause de ce drapeau. Le « gwen ha Du » n’est né qu’au 20ème siècle, il a moins de 100 ans d’âge !
Kerneg
Kerannezec 1622
Nézec est un nom de famille. « hezeg » : le pacifique.
« hed » en vieux breton : « paix » (aujourd’hui on dit « peoc’h ») et en gallois moderne : Heddlu police = « armée de la paix »
Kernoù
Kerrannou 1426
Une seule fois avec 2 « r ». Cela rend difficile une interprétation
« rann » = parcelle, champ en vieux breton = park (≠ maes). Park a été emprunté au français
Dans le cartulaire de Redon, on a des noms de champs comme « rann penn yar » ou « park penn yar ».
Kernou serait donc un village entouré de beaucoup de parcelles. C’est une des explications.
On peut penser aussi à « Ranulf » : nom viking bien présent en Angleterre (ulfr, loup), mais moins crédible.
Jusqu’à présent, on a parlé des gens ordinaires ou ayant trait à la religion. On va parler maintenant des élites, des dirigeants, des princes.
La plupart des lieux seigneuriaux d’avant l’an 1000 avaient une première partie lexicale en
« lis » devenu « les/z » : cour, demeure d’un Seigneur.
Il y a plusieurs « lez » à Plogonnec, en se rapprochant du bourg. Les « Tre » étaient aux confins !
Lesvel
Lesvael : Lesmael en 1604
« Lez » précédant un nom de personnage « Mael » qui veut dire « prince, chef ».
C’est donc la cour du prince.
Saint réputé du nord Galles voit Coatméal, Maël-Carhaix
Lez(ou)doare
Lesandoere 1347
Le « ou » dans Lezoudoaré n’est pas un pluriel de « Lez ». En réalité, c’est « Lez an doaré ». Le lieu de Le Doaré.
Mais doare dans le sens – de genre, aspect, de manières (s) : l’endroit élégant.
Lezandoaré c’est donc le lieu où habitait celui qui avait de l’allure, de l’élégance ou c’est l’endroit qui a de l’allure.
Et pourquoi aurait-il de l’allure ? On a un peu fouillé et on a trouvé des traces d’occupation gallo-romaine à cet endroit.
Hellez : peut-être le plus ancien des « Lez » de Plogonnec
« Hen » + « Lez » = l’ancien « lez »,
De ces « lis/les » subsiste quelquefois une motte féodale (on en a aussi construit après l’an mil) : Ar voudenn / la motte, autre motte à Bonnescat : an douvez
Après l’an 1000, on a abandonné les noms de lieu en « Lez » pour les appeler « castel », « maner ». On commence à utiliser des formes issues du latin ou du français (francisation par l’aristocratie, l’administration) pour nommer ces lieux nobles.
Manoir / Maner plus d’une vingtaine ont existé à Plogonnec :
Bonneskad,
lez(ou)doare,
Garlan,
Beulieg,
Rubihan (Runbian 1347 run : colline + bihan, ru : terre allongée et pierreuse en hauteur), Ker(an)gilli : killi bosquet
Keradili : Ratuuili « rad » en vieux breton = grâce, chance, fortune + « bili » brillant en vieux breton. Sûrement un ancien Caer- avec le Hellez à côté
On va utiliser « Plessis », le lieu où l’on a des haies plessées ((entrelacement de branchage d’une haie) pour protéger l’endroit.
Avec un doublet : présence d’un nom en français et d’un nom en breton.
En français, c’est le Plessis et en breton c’est « ar Kenkiz » (de kenk = branche).
Le Plessis est souvent une annexe de manoir (résidence secondaire !).
On trouve ce nom à Rubihan et à Lopeo.
Autres noms utilisés :
Les Salles / Ar sal (maner ar Sal, les bas de Kerfeunteun, goueled !)
Le Rest, la demeure où l’on se retirait éventuellement pour se reposer
Verbe anglais « to rest » = se reposer.
C’est un peu la résidence secondaire…
Pour se repérer dans le temps :
L’an mil est au milieu.
« Ar grennamzer », c’est le Moyen Âge.
« Uhel » = Haut Moyen Âge (avant l’an 1000)
« Izel » = Bas Moyen Âge (après l’an 1000)
On a des paroisses en « ploe » + …, des ermitages en « Lan(n) ».
Après l’an 1000, c’est fini.
Pour la partie religieuse :
« Parrez » prend la place de « Ploe », les ermitages (endroit où vit un moine) deviennent les « locus sancti ».
Les « locus sancti » ont donné les noms en « loc » et en « saint… ». Parfois même, le même lieu comportait la double appellation : Locronan, le lieu de Ronan a été appelé St René des Bois à une certaine période.
Pour la partie des «chefs », des élites
Avant l’an mil, il y a les « lis », la cour du prince
Après l’an mil, on trouve les « kastell, maner, ar sal, ar genkiz »
Pour la population ordinaire
Avant l’an mil, on a les « caer, bot(d), tre(f) »
Après l’an mil, ces derniers sont remplacés par les « Ker, ti, stang, ménez, …».
On prend un descriptif du lieu et on le complète.
Comme Plogonnec est jumelée avec une commune galloise, on va y jeter un coup d’œil…
Llandysul est un nom en « lann (Llan) », donc un ermitage. Au Pays de Galles, il n’y a pas de noms en « Ker ». Ils ont surtout des noms en « Llann » parce que la christianisation s’est faite par les moines.
Llandysul : sant Tysul
Llangeler : sant Celer
Llanfihangel ar arth : sant Mihangel
En Bretagne, il y a des paroisses qui ont porté le nom de « plebs – en latin » mais le nom en « Ploe » n’a pas été conservé. On a juste gardé ce qui suivait dans le nom.
Entre Quimper et au-delà de Quimperlé, il n’y a pas un « Plo ou Plou », à part Pleuven.
La première commune en « Plo » est Ploemeur, près de Lorient.
Le Pays de galles et la Cornouaille britannique ont fait la même chose.
Noms de lieux
Maesymeillion : meillion = melchon, le trèfle
On a le mot « maez » comme dans « Mezhare ou Mestalhoen + meillion = melchon, le trèfle
Pontsian = le pont de Chan ou Chanig.
Tre-groes = Kergroez
Au Pays de Galles, les noms en « Tre » n’ont pas été remplacés par « Ker ».
Pour avoir l’équivalent à Plogonnec, il suffit de remplacer le « Tre » par « Ker » : vous avez Kergroes !
Croes-lan = la croix de l’ermitage. Le « lan, c’est Llandysul.
Pontwelli = le pont de Willy, guillaume, guillou
A Plogonnec à Pont Péronic (le pont de petit petit Pierre), il n’y a plus de pont mais un « karrbont » (un pont pour les charrettes), autrement dit une buse.
Tous les ponts avaient un nom autrefois. Certains figurent toujours sur les cartes, d’autres sont conservés uniquement dans la mémoire des gens. Ce serait un travail intéressant pour les Passeurs de mémoire que de collecter les noms de ces ponts et chemins creux.
On peut citer « pont plankenn » du côté de Kéringard, « pont dansig » entre Lesvel et Killien, Pont Keo, …
Pont Sorel
Ponsorn en 1680
pont + sorel.
On peut penser à « glace » (sorn) : le pont gelé.
J’opterai davantage pour « sorc’henn » (rêverie, fantasme,..), une sorte de « pont des soupirs »…
Sorel : nom de famille attesté en Haute-Bretagne, mais surtout normand.
Voilà 2 pistes de réflexion…
Llangeler : l’ermitage de sant Celer honoré là-bas.
Pentre-cwrt : « Tre » = « Ker » en Bretagne. C’est le Penker en Bretagne.
Cwrt = manoir.
Penker (habitation à l’entrée du village) + cwrt = maner.
C’est donc le Penker Maner Beulieg du Pays de Galles !
Capel Dewi = Chapelle de St David
Quelques lieux de culte en Bretagne (Brandivi 56) Park David Locronan.
Pren-gwyn :l’arbre blanc (pourquoi blanc ???)
pren = arbre (gwezenn) + bois d’œuvre comme en breton
Gwyn = blanc
Rhydowen même racine que dans Pont ar Rodoù
Rhyd, rodoù = gué.
Dans le Porzay, Rodoù : gué a évolué vers le sens de ruisseau (Rodou Glaz à Locronan).
A Plogonnec, pour dire ruisseau on emploie le mot « gwazh, gwezh ».
A l’origine, « rodou » c’est un gué.
Ster = rivière
Pas de lieu à Plogonnec, mais Stêr-C’hoed (orthographe = Ster-Hoat) en face de Kerolivier et le celtique Avon : Keravon à Tal ar Groaz, Pont-Aven (les « aven » des Causses Stêr-(gannañ) : lavoir
Gwezh = ruisseau
Penn-ar Wezh, Kerdelent ? (Telent : Cartulaire de Redon)
Koad sant Telant à Lopérec
Dans le cartulaire de Quimperlé (1203), on a un Goeth Telent. Ce nom n’existe plus mais il y a Kerdelen(t). Les toponymes changent de noms et sont rebaptisés.
Par exemple « Kernescop » s’appelle « Maez an escop » dans le cartulaire de Quimperlé.
Lenn
lac, étang
Penn (al) lenn au Nord de Maesteurnel
Meilh lenn
Wern, gwern
En 1443 Launay : c’est un manoir
1 – Le marais.
C’est le sens originel du mot « gwern »
Ar wern près de Kerored, Ar Wern Kerganape, Penn ar Wern au Kroezoù
Il devait sûrement avoir un marais près de ces endroits.
2 – Par la suite « gwern » est devenu le nom de l’arbre qui pousse dans les marais : l’aulne. (L’endroit où poussent des aulnes = l’aulnaie).
Port Launay près de Chateaulin = Meilh ar Wern (le moulin de l’endroit où il y a des aulnes)
3 – Une troisième dérive de sens : le mât de navire. Ils étaient faits en aulne. En breton un mât de navire se dit « ar wern ».
Prad
C’est le pré (latin pratum)
Prad Youenn (le pré de Youenn)
Les voies anciennes et nouvelles
Pourquoi le bourg de Plogonnec se situe à cet endroit ?
Tout simplement parce que c’est au croisement de 2 voies romaines.
L’une allait de Quimper (Aquilonia) à Lanvéoc (par Kroaz Keben, Locronan) et l’autre qui joignaient Carhaix (Vorgium) à Douarnenez. Il y avait d’ailleurs une autre route Carhaix – Douarnenez par le Nord qui traversait le Porzay.
Il y a un indice prouvant que c’est une voie romaine, c’est l’appellation « hent meur » (voie antique).
Sur le cadastre napoléonien on relève des noms comme :
« Park an Hent Meur » à Maestelc’houen (1073 S. Delo à droite de la voie d’accès à la ferme).
A Landibilig (376 ar vourc’h au niveau du lotissement) « Park bihan an Hent Meur » (456 ar Vourc’h à droite avant Kroaz Boulig) « le petit champ de la route majestueuse »
Il y a d’autres croisements sur cet axe. Au Croezou, par exemple. Généralement on trouvait un calvaire à un croisement. La croix a disparu. Il y avait d’ailleurs plusieurs croisements à cet endroit, d’où le nom de « Kroezou » (pluriel de Kroas – appellation ancienne Moyen breton). Aujourd’hui on dit « Kroasiou » ( ?). La terminaison plurielle est « iou » et non plus « ou » comme autrefois.
kroashent (croissant)
kroashent-tro : Invention d’un néologisme pour Giratoire dans les années 1980
« Kroaz an Ospital » se trouve un peu plus loin entre le Croezou et le bourg.
Près de la croix celtique, un grillage entourant une pompe de relevage des eaux usées : où est passé l’avis des Bâtiments de France ? Sans compter le tumulus classé pas très loin !
Respect de la syntaxe et de la norme : Kroaz + an + Ospital et non Kroas Hospital.
Une croix de type celtique et le reste d’un « hôpital » (lieu d’accueil et de soins tenu par l’église, la chapelle St Corentin pas très loin de là) se trouvant en face.
Stank ar Raz
stank < estang = retenue d’eau (verbe stankañ = boucher)
vallée, vallon = stankenn
1 – raz : chaux ? Malgré le « z » non élidé (ra’er micher hag anv familh)
Il y a bien un « Park ar forn », à Stang ar Raz mais c’est plus sûrement un four à pain.
J’ai écarté l’hypothèse de « raz = chaux ».
2 – raz : « Beg ar Raz » Pointe du Raz.
Généralement, les « raz » se rapportent aux forts courants marins.
Ici il existe un ruisseau, un « froud » à forte pente, donc à un débit d’eau rapide ?
À défaut de débit d’eau, il y avait du vent : un « Park ar Veilh A’el.
On peut donc traduire Stang ar Raz par la vallée au courant rapide.
Kerjacob
Keryago, Keryégou, Kerjégu (autrefois un manoir à l’entrée de la ferme de Kererven)
C’est Jacobus, St Jacques de Compostelle (le pèlerinage à St Jacques était très important en Bretagne au Moyen Age).
Le nom a été intégré en langue bretonne de 2 manières :
- Soit par le latin (Jacobus) qui a donné Kerjacob ou Keryacob
- Soit par le Gallicien : Sant Hiago (?). Ça a donné les noms de famille Jégou, Jégo.
C’est donc le village de St Jacques de Compostelle.