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« Ar Gouled », signifie la partie basse de quelque chose.
A Plogonnec, il y a une partie plus élevée, le Gorré qui se situe vers l’est de la commune et une autre partie plus basse, vers l’ouest, se rapprochant du ruisseau du Ris, le Gouled.
Ar Gouled c’est l’abréviation de Goueled (forme littéraire)
Goueled peut signifier également la basse ville par rapport à la haute ville.
A Locronan il y a Gouled ar Guer, le bas de la ville et Gorreker, le haute de la ville.
Autrefois, cette appellation était beaucoup plus utilisée par exemple pour parler de la haute et de la partie basse de la Bretagne (est et ouest) : Gorre Breizh et Goueled Breizh.
Il y a 500 ans on utilisait le terme de Goueled et non Izel comme de nos jours (Da feiz an tadoù kozh, ni paotred Breizh-Izel… », Communauté Quimper Bretagne occidentale / Kemper Breizh-Izel, …)
D’ailleurs, dans une pièce de théâtre de plus de 5000 vers, écrite en moyen breton et relatant la vie de Santes Barba, on parle également de Goeled Breizh.
Gouled ou Goeled (forme longue), quelquefois écrit Goulit (forme officielle française).
A Locronan, il y a un panneau sur le bord de la route « Gouled ar Guer » (avec un « e ») et plus loin à l’entrée du village, un autre panneau « Goulit ar Guer » (écrit avec un « i » cette fois).
Jusqu’où va le Gouled ?
Devant vous, lur la carte des altitudes de Plogonnec. Vous voyez bien qu’il y a une partie haute et une partie basse. Aujourd’hui, on appelle ça une trève, un quartier (Trev en breton : Trev ar Gouled). Cette dénomination date de 1000 ans.
Avant l’an 1000, une trève ne signifiait pas la même chose. Ce mot désignait un village.
Après l’an 1000, on les a appelés « Ker ». Du coup, le mot « Trev » ne servait plus à rien ! On lui a trouvé un nouvelle utilisation. Village avant l’an 1000 et Quartier après.
Cette trève du Goulit se situe le long d’une route, qui était peut-être (les historiens ne sont pas d’accord) une voie romaine, l’autre voie romaine reliant Carhais à Douarnenez. La voie principale passait par le nord de la montagne. , quelque part où passe aujourd’hui la route Cast – Plonévez-Porzay en provenance de Chateaulin.
Il y avait une voie plus au sud qui descendait par Châteauneuf du Faou, Briec, puis passait à l’est de Plogonnec par Keretz, le bourg et ensuite direction Douarnenez.
Il y a un critère linguistique qui peut certifier le tracé de la route, c’est le nom des parcelles : « park an hent meur », park bihan an hent meur (avant Kroaz Boulig).
Meur = grand, majestueux.
Exemple : iliz veur = cathédrale, Skol-Veur = université.
Il y a d’autres « pak an hent meur » à Plogonnec mais sur l’autre axe de la voie romaine Quimper – Lanvéoc. Les deux voies se croisaient au bourg. Ce n’est pas par hasard que le bourg de Plogonnec se situe là où il se trouve.
Il y a au moins deux « park an hent meur » le long de cette route : un à Landibilic et un autre à gauche avant le Croezou.
Cette trève n’avait certainement pas les mêmes limites qu’aujourd’hui.
Keroriou ar Gouled ne se trouve pas dans la trève du Gouled mais dans celle de Kertanguy, tout comme Kerrouarch ar Gorré n’est pas dans la trève du Gorré mais dans celle de St Thélau. Ces limites ont fluctué. Il est possible qu’à une époque il y avait moins de trèves et quand la populmation a augmenté, on a créé des subdivisions plus importantes (le « Gorré Lae » et le « Gorre Traon »).
Les limites de trèves n’ont pas été stables dans l’Histoire. Par contre les limites communales, ou paroissiales autrefois, sont restées relativement stables. Plogonnec fait partie de ces paroisses primitives (les premières paroisses quand les Bretons se sont installés en Armorique et ont christianisé le pays). Ils ont créé des paroisses appelées « Plebs » en latin et « Ploe » en vieux breton. Toutes les communes dont le nom commence par «Plo, Plu, … » sont des paroisses primitives.
Plogonnec a gardé ses limites : une barre montagneuse au nord, une rivière à l’est. Il n’y a que dans la partie sud-ouest que Plogonnec a probablement perdu du territoire dans la mesure où Guengat a été créé ensuite par la volonté du Sieur de Guengat qui habitait le château de Guengat (situé dans le secteur de la Tour Guengat) qui a voulu séparer son territoire des communes environnantes. Guengat a été construit sur des terres de Plogonnec et de Plonéis.
Quand on regarde les limites de Plogonnec, on s’aperçoit qu’à partir d’un moment dans le sud de la commune le tracé n’est pas très clair, ça ne suit plus un ruisseau ou une ligne de crête. C’est variable.
Pour avoir une division logique par rapport à la topographie il faudrait prendre la dépression en vert clair. La petite bande du côté de la Tour Guengat, la Boissière et tout ce qui est au sud-ouest de cette partie faisait partie de Plogonnec autrefois.
En 1203, le Sieur de Guengat habitait à Lez Guengat (n’existe plus) situé près de la Tour Guengat et du manoir de la Boissière.
Saint Pierre
Quand on rencontre des noms de lieux en Pierre ou en Jean, on sait que ce sont des lieux de christianisation précoces (autour des V ème et VI siècle quand les Bretons se sont installés en Armorique). St Ronan à Locronan ne fait pas partie des Gallois qui ont traversé la Manche pour christianiser. Il est venu plusieurs siècles après.
A Plogonnec, il y a un St Pierre, c’est ici, et un St Jean à Landibilic.
A Landibilic iIl ne reste plus que la croix et en cherchant bien, en coupant les ronces sur un talus, je sais où se trouvent les murs de la chapelle, les pierres sont encore là.
St Jean se trouvait là-bas avec un nom de lieu en « lan ». Les noms de lieux en « lan » indiquait en vieux breton, avant l’an 1000, un lieu où il y avait un ermitage.
L’ermite qui y résidait faisait de l’apostolat pour St Jean. Cet ermite-là a donné son nom au lieu. Donc Landibilic, anciennement Landebidic, créé à partir de la racine « ep » qui a donné le mot « ebeul », = le poulain. C’est un nom de personne de type totémique : on prenait souvent les animaux pour créer des noms de personnes, parce qu’on appréciait sa douceur, sa valeur, sa rapidité, … de ces animaux-là.
D’ailleurs le nom de Plogonnec « Konog » a probablement pour racine « Kon » qui est une forme dérivée de « Ki » (chien). A Belle Ile encore aujourd’hui, on utilise le mot « Kon » au lieu de « Ki ».
Aucun des saints venus d’outre Manche n’est reconnu par Rome.
Mais vous allez me dire : à St Pierre, il n’y pas de « Lan » !
Eh si, il y avait un « Lan ».
En Moyen Breton, il y avait un nom de lieu à Plogonnec qui s’appelait Langoeledic. En 1423, la ferme qui se trouve là, c’était Langoeledic.. Dans ce lieu vivait l’ermite du Gouled (nom inconnu).
Il y a un autre pas très loin : Landivigno.
Vous me direz que « lan » signifie « ajonc » (lann). En fait il y a 2 mots qui ont la même prononciation mais qui n’ont pas le même sens.
Lann (= ajonc), on le trouve dans des noms de parcelles : park al lann, roz al lann, al lann vras… mais non associé à un nom de personnage comme dans Landivigno.
Que signifie la 2èma partie ?
Lan + préfixe « to » devenu « te » : Lan-te-vigno (préfixe affectueux).
Puis « uuin » en vieux breton,devenu gwen en breton moderne, signifiant blanc, pur
Et la terminaison « o » qui veut dire également « affectueux ».
A Landivigno, il y avait donc un ermite pur et gentil.
Tout comme Konog. On a mis un « te » devant. C’est une marque d’affection pour st Konog et le « o » de la fin (St Thuriau) marquant une double affection.
Il serait intéressant de parcourir le cadastre napoléonien pour savoir s’il n’y aurait pas un champ nommé par exemple « park an iliz » dans le secteur de Landivigno. Il y en a un aux dires d’une personne présente à la conférence. Donc ça ne peut pas être lann = ajonc mais un ermitage.
A Landéguével à l’autre bout de la commune, il y avait aussi un « Park an iliz » ou « Hent an iliz », d’où présence d’un ermitage.
Quand on travaille sur un nom de lieu, on émet un certain nombre d’hypothèses qu’il faut vérifier. La 1ère idée n’est pas forcément la bonne.
Existe-t-il des lieux qui indiqueraient une présence préhistorique ?
Il y en a un à Leurbiriou.
Le 2ème élément, c’est Piriou. Pir + -iou (suffixe de filiation)
Le breton comme toutes les langues celtiques ont une consonne initiale des mots qui peut changer pour différentes raisons. C’est de cette manière-là qu’on marque le masculin et le féminin en breton. En français, c’est avec l’article le ou la. En breton, c’est en utilisant la mutation. Par exemple, « chaise », c’est « kador » mais quand on met un article devant on dira « ar gador ». Le « k » est devenu « g ».
Ça peut être également par contamination dans le qualificatif qui suit
Donc « Piriou » après un mot féminin est devenu « Biriou »
Piriou est un nom de famille.
1ère hypothèse
« Pir » en gallois, c’est un prince. Si le mot est bien attesté en gallois, la langue sœur du breton (avant l’an 1000, les 2 langues ne représentaient qu’une seule, le gallois était un dialecte du breton ou l’inverse), on peut conclure dans le cas présent que Pir = prince. C’est donc un personnage qui était un prince, comme d’autres étaient des chevaliers
« iou » c’est une terminaison qui marque la filiation, qui a donné « yev » en breton moderne (le joug)
Piriou c’est donc quelqu’un qui est de filiation princière habitant un endroit commençant par « Leur ». Ce n’est pas le mot signifiant aire, sol (leur-dornañ aire à battre, leur-zi sol de maison, Ti-Leur). En moyen breton on trouve Leuzr . C’est la contraction de ??? et de ???? en vieux breton. En 1622, Leurbiriou s’écrivait Leuzrbiriou
Ça a donné leure en breton moderne et leur (car on a abrégé le mot en oubliant le « e » final). Leure existe aussi comme nom de lieu (Leuriou – pluriel de leur – à Plonevez-Porzay)
Quel est le sens de leure ?
Ça indique un emplacement mégalithique (menhirs, dolmens). C’est un endroit habité depuis le néolithique. Je n’ai pourtant pas trouvé de Park ar Men-hir » ou taol-vaen dans le cadastre napoléonien. Il n’y avait pas de fouilles archéologiques préventives avant le remembrement, les bulldozers les ont peut-être déplacés ou enfouis.
Je suis né dans une ferme qui s’appelle Leurnéven. C’était aussi Leuzrnéven en moyen breton, l’autre emplacement néolithique de la commune, mais je n’ai pas souvenir d’avoir vu des menhirs !
Dans le cadastre napoléonien, j’ai trouvé des parcelles « ar garreg », la parcelle 138, à Keroriou, 3 parcelles « park ar garreg » à Kerrouarc’h ar Goulit, « ar garreg vras », parcelle 162, toutes à droite après l’embranchement de Keraveg (Kroaz Boulig).
Il faut aller du côté du bourg (Kerhun – Kéroza), de Beuliec pour trouver des « park ar menhir ».
Il y a encore des menhirs à Plogonnec. A Kerlagat, on peut encore voir une stèle classée. Ce nom de lieu dit n’a rien à voir avec la stèle (maen sav). Le 1er sens de lagad, c’est « œil ou regard ». Autrefois, il avait un sens beaucoup plus large, un sens qui est resté large en gallois comme par exemple «Llygad y ffynnon = lagad ar feunteun », l’œil de la fontaine, la source. On utilise également le mot « lagad » pour désigner les œillets des marais salants. Ça peut être un endroit avec une retenue d’eau, un poull-dour, un abreuvoir pour les bêtes.
Après les menhirs et les dolmens, il y a les tumulus. Il y en a 3 qui sont classés (au titre de l’archéologie) au PLU de Plogonnec : Kernescop, Kervolzet et Stavenn. Ils n’ont pas eu cependant d’influence sur la toponymie : pas de tuchenn, torgenn, krugell, peut-être run.
Les noms de lieux-dits ou de fermes ci-après sont écrits un peu différemment de ceux figurant sur les panneaux de signalisation (influencés par le français). Vous trouverez les toponymes écrits selon la logique de la langue bretonne
Kergoad Neved
Ker = village
Koat = le bois
Donc le village du bois.
Neved : en lien avec le Nemeton celtique, la montagne sacrée. Au tout début, le bois du Névet s’étendait sur toute la montagne jusqu’à Quéménéven (Penneved). Le bois du Duc n’est qu’une appellation récente (500 ans).
Roz an Neved :
« ar » Faute de syntaxe. On met toujours « an » devant un « n ».
Roz = flanc de colline, coteau (souvent des terres à lande et fougère). Peut-être que dans quelques années on verra des vignes plantées sur les « roz » !
Roz ar Veilh
meilh / milin = moulin
Encore une mutation « meilh » est un mot féminin et après l’article (« ar ») le « m » devient « v ».
Meilh devient ar veihl
Moger devient ar voger
Menez Treut
Menez = montagne
Treut : maigre = végétation rase, pauvre.
Menez Barvenn
Nouvelle appellation de Ménez Treut, sans doute plus chic…
2 explications possibles :
- De « barv » = barbe (gallois barfen barbiche) qui au sens figuré peut désigner une végétation rase, une herbe très peu fournie. Ça peut même désigner le lichen (barv an ozhac’h kozh = barbe du vieux chef de famille, du mari). Une barbe blanche comme le lichen.
- barvenn : une terminaison en « enn » signifiant qui est coupant, tranchant.
Barvenn ar falz : partie coupante de la faucille ou de la faux.
Par extension, ça peut être une roche qui est coupante (affleurement de roche abrupt).
La toponymie laisse parfois des hypothèses ouvertes.
Penn ar Menez
Situé à côté de « Tour Gwengad » (Demeure du seigneur de Gwengad)
« tête » de la montagne : sommet, extrémité (beg plutôt).
Il n’est pas nécessaire d’avoir une très grande altitude pour avoir un « menez » : ici on est à 132 m !
Ar Wern
En 1443 = Launay : c’est un manoir Sur le cadastre napoléonien : Le Launay
Ce nom est intéressant parce qu’il a changé au cours de l’Histoire.
Au début, c’est un marais.
Ensuite le terme a désigné l’arbre qui pousse dans les marais : l’aulne (l’aulnaie, l’endroit où pousse des au(l)nes).
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Comme cet arbre servait à construire des mâts de navires, c’est devenu le mât de navires.
Les 3 sens sont dans le dictionnaire aujourd’hui.
Kivid
La forme ancienne est « ar Guilhuit » en 1426.
Terminaison -id indiquant un lieu planté en kelvez, le nom du noisetier, du coudrier (nom du noisetier au (XIIe siècle)
Kilvid = la Coudraie.
Kerored
En vieux breton Uuoret qui veut dire quelqu’un de bien protégé, bien assuré.
C’est un nom de famille d’avant l’an mil.
Kerglas
Keranglas en 1426.
Glas = bleu/vert (comme au Japon ou le bleu/vert se dit “ao”)
= pâle, livide (idem japonais) >
Ici c’est un nom de famille : Le Glas, peut-être parce qu’il était livide.
Rire jaune = « c’hoarzhin glas ».
Kerouarc’h
Kerouzerh en 1426
C’est le nom de famille : Gouzerh, Gouzarc’h, Gouzalc’h
Avec le préfixe gou qui atténue ce qui suit– + derc’h aspect pur et dur.
C’est donc un nom de personne gentiment dure.
« derc’h » c’est le coeur du bois, sa partie dure.
Kereilh ha Maner Kereilh:
Il existe en Cornouaille britannique une église qui s’appelle Heyl,
Mais je n’ai pas trouvé de trace de sant Heyl (heyl = estuaire, débouché)
Il faut dire que la Cornouaille britannique et le Pays de Galles ont beaucoup perdu de la tradition populaire concernant les saints quand ils sont passés du catholicisme au protestantisme. Le culte des saints a été rejeté et il y a toute une mémoire qui a disparu à tel point que les Gallois reviennent en Bretagne chercher l’Histoire de leurs saints venus ici (St Télo est honoré à Plogonnec et à Landeleau mais aussi à Llandeilo au Pays de Galles, d’où il vient) car ils ne possèdent plus rien chez eux.
Existerait-il un saint Hael ? C’est un nom de saint, de personnage.
Il y a un autre mot qui en gallois veut dire un enclos. Ça pourrait être un village entouré d’un enclos, d’une enceinte.
Du coup ça me fait penser à un ancien village d’avant l’an mil, un ancien Caer (devenu Ker aujourd’hui)
Les noms en Ker = près du tiers des quelques 300 toponymes de Plogonnec
Ce serait donc le village de l’enclos.
Kermeurzin / Kerveurzhin Kerfeunteun
Un même nom au Pays de Galles et à Kerfeunteun (il n’existe pas à Plogonnec)
Meurzin, est un nom de personnage : Merlin l’enchanteur !
Deux noms de lieux identiques mais avec une différence. Avant l’an mil, les noms en « Caer » étaient et des villages fortifiés. C’était un ensemble de maisons entouré de fossé double, avec une palissade en bois au-dessus du talus. C’était un site défensif contre les animaux féroces, contre les ennemis (Vikings). A Plogonnec, on ne peut pas savoir où ils se trouvaient. Dans les villages en « Ker » aujourd’hui, il y en a sûrement des villages fortifiés.
Peut-être que Kéreilh en était : il y a une enceinte et un manoir… Une hypothèse avec des points d’interrogations.
En Bretagne les « Caer » sont devenus « Ker » pour nommer des villages ordinaires (les « Tre » + … avant l’an mil). D’où le nombre important de « Ker » en Bretagne, où il n’y a pratiquement plus de fortifications. Par contre elles existent toujours au Pays de Galles et les noms en « caer » sont restés.
Des noms de personnages moins célèbres à Plogonnec
Kerdaniou
C’est un nom de personnage.
Un dérivé de « tan » (feu) : Taniou, Tanguy
= quelqu’un de fougueux, ardent comme le feu
Kererven
On retrouve ce nom dans l’Histoire écrit « en, ent, an, ant »
Constitué de 2 éléments :
1ère hypothèse
– er (préfixe renforçatif) de ce qui suit (= contraire de « gou » qui atténue).
+ ven qui peut être la mutation de gwenn dans le sens de pur.
Donc le village de quelqu’un de vraiment pur.
2ème hypothèse
– er
+ gwent, autrefois un mot pour dire vent (avel)
Le village est situé à 114m d’altitude : était-ce venteux ?
3ème hypothèse
– er
+ gwent = odeur, parfum en gallois
Est-ce que c’était le nom d’une personne très parfumée, odorante ?
Kergog
Kerangoc en 1426. Le village d’une personne appelée Le Goc.
Un nom emprunté au vieux français qui voulait dire « gai, joyeux »
Kerikun
Kergourcuff en 144
Gourcuff est un nom de famille.
La forme ancienne est très éloignée de la forme actuelle.
Il y avait un manoir
- Gour (un homme fort, un mâle)
- + Kuñv (doux, affable = bien élevé !)
Le village d’un costaud doux.
Kerrufe (avec un ou 2 « r »)
Ça pourrait venir du mot « Ruffus » qui voulait dire « roux » (nom de famille Le Roux)
Un nom de famille venu d’ailleurs.
On le trouve écrit sous différentes formes : Kérrufé, Kéruffec, Kéruffet. Ça change d’un siècle à l’autre. Il y a des noms de famille « Le Ruffet » dans les Côtes d’Armor.
Le fait d’avoir un « f » entre 2 voyelles, indique que ce n’est pas un mot celtique, mais d’origine latine.
Kersimon
Simon est un anthroponyme (Un anthroponyme est un toponyme issu du nom d’une personne) très porté en Bretagne :
Simon le Cananéen, l’un des douze apôtres de Jésus-Christ.
Keryagu
Village aujourd’hui disparu, situé entre Kererven et Kerglas
noté Kerjégu sur le cadastre napoléonien.
Le « j » se prononçait « y » soit Keryégu ou Keryagu.
Le « Yégu ou Yagu », c’est le Iacobus biblique, le nom latin de l’apôtre saint Jacques, très honoré en Bretagne, qui a donné des noms de famille Jacob, Jacq (Le) et des noms de ferme Keryakob / Kerjacob
Une autre forme avec une évolution celtique : Yagu, Yegu, Yego, Yegou (nom de famille. Jagu, Jegu, Jego, Jegou…) que l’on retrouve ici.
Cette forme est proche de l’appellation galicienne « Iago » :
Santiago (Sant Yago) est le nom de saint Jacques de Compostelle.
Kergozh
Le mot « kozh » signifie « vieux, ancien, antique ». Il désigne donc un village créé à une période lointaine. Est-ce que ce n’est pas un ancien « caer » ? Il y a un autre mot pour dire « vieux » en breton, c’est « hen » et là on est sûr que c’est un ancien « caer ».
Exemple : Henguer à Cast.
Mais rien ne permet de certifier que Kergozh soit un ancien « caer » bien que Maner Neved soit proche. Les fortifications ne sont donc pas bien loin.
Kerneskob (Ker an Escop)
En 1130, Maes an Escop figure parmi les premiers noms de Plogonnec que l’on trouve dans les manuscrits mais on ne sait pas à quel endroit il se trouvait.
Il y a un nom de lieu. Maez, c’est le contraire de bocage, un endroit où il n’y a pas de talus (« open field »).
Je suppose que s’il y a aujourd’hui un Kernescop, c’est peut-être Maez an Escop qui a été débaptisé du fait de la construction de talus par la suite. De ce fait il n’y avait plus lieu de l’appeler Maez.
Kernescop est tout proche du Manoir du Névet. Le Sieur du Névet n’était pas en très bonne relation avec l’évêque de Quimper. Du coup, il est passé dans la commune d’à côté pour ne plus à avoir à payer de taxes à l’évêque
Kernalegenn
Pour Kêr an Halegenn (le village du saule, arbre sortant sûrement de l’ordinaire)
« Haleg » est le nom du « saule »
Quand on parle d’un seul arbre, on dit « ur wen ( ???) haleg », ur wen avaloù, … C’est une forme récente en breton de mettre ur wen ( ???) devant la catégorie d’arbre.
Dans le cadastre napoléonien on trouve l’ancienne forme dans certains noms de champs, avec « enn » après le nom de l’arbre. Au lieu de mettre « ar wen » devant, on le mettait après, soit Halegenn, avalenn, an dervenn, …
C’est devenu un nom de famille par la suite.
Kerledan
Vaste, large
En superficie, à l’époque, c’était une ferme importante.
Ou alors c’était une ferme toute en largeur.
Kernoaled pour Ker an Oaled (Le village de l’âtre, du foyer).
Oaled c’est le nom de l’âtre dans la cheminée.
Comment l’âtre a donné son nom à un village ?
Etait-ce dû à un âtre caractéristique ?
Existait-il un âtre à l’extérieur de la maison, comme certains fours à pain ?
On trouve aussi des vestiges de bas-fourneaux, sorte de « four à fer », qui servaient à fondre le minerai de fer extrait des carrières (trous d’extraction) de Plogonnec au Haut Moyen Age. On le fondait sur place dans des foyers en pierre couverts. On chauffait et on récupérait le minerai de fer qui coulait du four. On cassait la partie supérieure des bas-fourneaux, pour recueillir les scories qui restaient à l’intérieur. On trouve parfois des scories dans certains champs (secteurs de Bouteveleg, Ti-Hocheg, Koad-Morvan, Koateier). C’est souvent lié à ça. Une fois qu’on a cassé le haut, il ne reste plus que la base du foyer, donc an oaled
Le nom de Kernoalet est-il lié à ça ? Je pencherais pour cette hypothèse.
A Locronan, on a extrait de l’or !
Kervouzieg
Autrefois, il existait une ferme dénommée Kervouyec (notée sur le cadastre napoléonien) qui a disparu. C’est Ti an Douy aujourd’hui.
Ça venait peut-être de gouizieg = savant.
Baskamm
2 racines possibles.
- Kamm : courbe – qui n’est pas droit : relief, cours d’eau, …(eeun en breton).
Cambridge, Chambord ont la même racine que Baskamm et Camasquel !
La racine « kamm » indique une courbe.
Soit une courbe en hydrographie, soit une courbe dans la topographie, dans le relief. Ce serait un flanc en courbe
La ville de Cambridge a été bâtie sur la rivière Cam parce qu’elle a une courbe à cet endroit. C’est donc le pont sur la rivière Cam.
Chambord c’est également lié à une courbure de la rivière où l’on a bâti le château.
- Cammano en vieux celtique est une racine qui est à rapprocher du mot « chemin »
Kammed = le pas. Ça vient d’un radical ancien qui veut dire « marcher »
Ça peut être aussi l’endroit où l’on fait les pas c’est-à-dire le chemin…
Est-ce cette racine ? L’endroit où il y a un chemin ?
Bas
Ce n’est pas la canne, le bâton parce que toutes les formes anciennes de Bascamm sont écrites avec un « s » et non avec un « z ou zh». Les formes les plus anciennes remontent au Moyen Breton (avant 1600) et à l’époque on ne confondait jamais les mots bas et bazh.
Ce n’est donc pas le « bâton ».
Le mot « bas » a été emprunté au latin très tôt (avant l’an 500) dans l’Histoire par les Gallois, les Bretons et les Cornouaillais et possède beaucoup de sens /
- En météorologie, il peut indiquer une direction du vent par exemple : « an avel en izel » au Sud, « an avel er baz » (formule pas utilisée à Plogonnec) c’est-à-dire au Sud-Sud-Ouest, « an avel ar mervent » c’est-à-dire au Sud-Ouest.
- En pédologie (étude des sols) : « douar bas » qui signifie terre arable peu profonde, le contraire étant « douar don ».
- En hydrographie, pour l’eau : « dour bas » « aet eo bas an dour er wezh ». Le niveau de l’eau est bas dans le ruisseau.
Dans le cas présent « bas » n’est pas le « bâton ». Ça peut signifier un chemin peu profond, ou une courbe se trouvant dans un terrain où il n’y a pas beaucoup de terre arable et qu’on ne travaille pas en profondeur/
Ces 2 hypothèses restent ouvertes.
Camasquel
Ce n’est pas dans le Gouled mais on a encore le préfixe « Cam », la courbe
Askell, emprunté au latin « ascella » avait un sens beaucoup plus large. Ça a donné aisselle en français, le côté. En gallois, il continue d’avoir ce sens-là, c’est le flanc, le côté en plus d’être une aile. Aujourd’hui en breton, askell n’a plus que 2 sens, soit l’aile de l’oiseau soit la nageoire du poisson.
Camasquel serait donc un flanc de coteau qui serait en courbe.
On va terminer par des noms qui posent quelques problèmes…
Plas an toloù
Est écrit Plas an Toullou dans la première forme attestée.
Deuxième forme, Plas an Taulou, écrit “au”
Ensuite on ne trouve plus que Plas an Tolou
Toujours écrit avec un seul “l”, donc un “l” court qui indique que la voyelle qui précédait était longue. Avec un seul “l” on prononçait “ououl”mais sûrement pas “oul”. Ça ne peut donc pas être le mot “Toull” car Toull a un “ou” court car le double “l” qui suit est un “l” long. Difficile à comprendre pour un francophone car dans la langue française, il n’y a pas d’opposition de longueur de voyelles. En breton par contre, c’est très important, aussi important que de faire la différence entre un “e” et un “i”.
Dans le cas present, ça ne peut pas être le mot “Toull”
Alors, qu’est-ce que ça peut bien être?
Le “ou” qu’on trouvait en Moyen Breton pouvait être prononcé de 2 façons : “ou” ou bien “au”. Ça pouvait donc être “Taul” ou “Toul”.
Le mot taul a donné taol. Il y a 2 mots “taol” en breton : coup et table. C’est la mutation qui fait la difference : taol (la table) c’est féminin donc la mutation donne “an daol”. “Taol” (un coup) c’est masculin donc pas de mutation “an taol”.
Plusieurs hypotheses, car on n’a jamais la solution sûre :
1) la table. An daol vaen (un dolmen). Il y avait peut-être des monuments mégalithiques à cet endroit, disparus depuis.
2) Taol dans le sens de “coup”, mais ce n’est pas le seul sens. Il y a “taol gwenan” qui veut dire essaimage quand l’essaim (hed gwenan) sort de la ruche. Etait-ce l’endroit des essaimages ?
3) C’est peut-être une écriture fantaisiste car le mot Tol n’existe pas en breton. On l’a emprunté au français pour dire “tôle ondulée”. Par contre on a un mot en “dol” comme Dol de Bretagne, qui indique un méandre dans un ruisseau. Le pluriel de ce mot est dolou.
Ce mot est précédé d’un mot emprunté au latin très anciennement dans l’Histoire de la langue (emprunté également par le gallois), donc avant l’an 500. On ne le prononçait pas “Plas” à l’époque. Jusqu’à 1600, on le prononçait “placc, plaç, placz, plats ». A force de prononcer « placc a Dolou, placc an Dolou, … », avec une consonne dure « P » qui renforce la prononciation, par contamination consonantique, le « D » qui suivait est devenu un « T ».
Autrement dit, au lieu de dire “Plats an Dolou”, c’est devenu “Plas an Tolou”. On a assimilé les 2 consonnes à cause de l’ancienne prononciation de “Plats”.
Les hypothèses restent ouvertes
Toull Gollo
Toull avec 2 « l », orthographe correcte du breton et non « Toul » comme sur les panneaux de lieux-dits.
« toull » avec voyelle courte, c’est un trou.
Une deuxième erreur sur les panneaux dans le mot « golo » qui veut dire «couvercle ». On ne prononce pas « Golo » (voyelle longue) mais « gollo » (voyelle courte), donc c’est « vide ».
Encore une opposition de longueur : « golo » couvercle / « gollo » vide
Toull Gollo c’est donc le trou… vide
Les noms en « Toull » sont souvent des noms de bistrots : Toull Trenk, Toull Rip… Ce ne sont pas des noms très anciens, ils ne remontent pas au Moyen Age.
Pont Herve
Un petit pont sur le ruisseau qui va vers Kersimon.
Un nom récent, semble-t-il
Herve le saint breton, aveugle qui avait dompté un loup
Pont ar Yeuc’h
Le domaine du baron du Juch dont la fortification était sur la butte. Mais ce n’est plus chez nous.
Autrefois tous les ponts avaient un nom. Il serait intéressant de faire l’inventaire de tous les noms des ponts. Sur le cadastre, ils n’apparaissent pas tout comme les noms des ruisseaux contrairement aux noms de parcelles qui ont été référencés.
Ti an Douy (e plas Kervouzieg)
Des noms en “Ti” il y en a pas mal. 10 % des noms de lieux de Plogonnec (entre Ti = maison et Ti Nevez).sont des noms en « Ti »
Ti an Douy n’est pas un nom très ancien. La maison d’un dénommé Le Douy.
C’est un nom d’origine irlandaise (Dooey), un nom très courant en Irlande.
Au 17ème et au début du 18ème siècle, les Anglais se sont installés en Irlande et suite aux massacres perpétrés par Cromwell et ses hommes, 35000 Irlandais ont émigré en France dans la seconde moitié du 17e siècle, dont une bonne partie en Bretagne. Une thèse a été faite sur cette émigration irlandaise en Bretagne par Eamon O Ciosain, Irlandais parlant breton. Il montre de quelle manière les noms de familles irlandaises ont parfois été conservés ou très souvent assimilés au terme breton le plus proche. Un nom comme O’Regan (Ronald Reagan ancien président des USA est d’origine irlandaise) est devenu Orégan.
Quel est le sens de Dooey ?
C’est un dérivé de Duff, Duffy qui a donné le nom de famille « Le Duff » qui a évolué en
« Le Dü » écrit avec un tréma, indiquant que c’est une abréviation et « Le Du » = Le Noir.
Donc Le Douy et Le Noir, c’est la même chose.
Dans le quartier de St Thélau, il y a Ti Gassi, Poull Ti Gassi. Vous ne trouverez pas le nom de Cassi en Bretagne. Par contre en Irlande le nom de Casse ( ?) est très courant. Encore un nom d’Irlandais !
Souvent les noms d’Irlandais sont rattachés à un lieu-dit en « Ti » pas en « Ker », car ils étaient pauvres à leur arrivée en Bretagne et avaient construit juste un penti.
Tirien
Là encore il faut se méfier de la longueur des voyelles. Il ne faut pas oublier non plus que la langue bretonne a des accents toniques et qu’on oppose les mots par l’accent tonique (il n’existe pas en français).
Dans « Tirien », il faut savoir où se trouve l’accent tonique ?
On ne dit pas Tirien avec l’accent sur la première syllabe.
Dans ce cas, c’est un terrain en haut d’une pairie qu’on laisse en herbe, en jachère.
Ce n’est donc pas ce mot-là parce que l’accent n’est pas sur « ti » mais sur « ri ».
L’accent est sur « rien », le second élément.
Pourquoi l’écrit-on en un seul mot, alors que Ti an Douy on écrit en 2 ?
Tout simplement parce qu’en Moyen Breton, les noms en « Ker », tout comme les noms en «Ti» s’écrivaient en un seul mot.
On a donc « Ti » = maison et « Rien », un nom de famille, qu’on écrivait avec un « a » plus anciennement dans la langue. C’est un nom très attesté avant l’an mil qu’on retrouve dans le cartulaire de Redon. C’est un nom dérivé de « Ri » qui a donné Riou, Rioual, Rivalin, …
« Ri » c’est le mot celtique pour dire « roi ».
On a ensuite délaissé le terme celtique pour prendre le terme français « roy » qui a donné « roue ». On ne dit plus « ar ri » mais « ar roue ».
Tous ces noms en « ri » ont une terminaison affectueuse en « en, an » qui indiquent comme Piriou, le lien au roi. « Rien » ça veut donc dire « royal »
Ségolène Royal = Ségolène Rien, Riou !
Tirien c’est la maison de quelqu’un qui s’appelait Rien.
On retrouve ce fameux Rien en Irlande également. Le « i » a été diphtongué et Rien est devenu Ryan, O’ Ryan (le « O » = marque de filiation).
Mais cette fois le nom est né en Bretagne !